Il était une fois

La démagogie américaine finit toujours par se calmer

Donald Trump s’inscrit dans une tradition isolationniste propre au parti républicain. Une présidence démocrate en 2020 remettrait Washington dans l’Accord de Paris en 15 jours, écrit notre chroniqueuse Joëlle Kuntz

Un Etat ne peut pas retirer comme ça la signature d’un protocole international auquel il a consenti. L’Accord de Paris sur le climat (COP21) stipule qu’un pays annonçant son retrait doit attendre trois ans depuis le moment où sa participation a été effective – le 3 novembre 2016 pour les Etats-Unis – pour que son intention de quitter soit enregistrée, puis encore un an jusqu’à ce qu’elle prenne effet. Légalement, les Etats-Unis ne seront donc libérés de leurs obligations légales qu’en novembre 2020. En attendant, ils restent juridiquement tenus par leurs engagements, et notamment celui d’avoir un programme de mesures contre le dérèglement climatique. L’administration Obama avait planifié une réduction des émissions nocives de 26 à 28% jusqu’en 2025 par rapport à 2005. Ce chiffre n’est pas obligatoire mais tous les Etats membres sont astreints à présenter quelque action dans la bonne direction. Il n’y a pas de sanction prévue pour ceux qui ne font rien mais les autres peuvent prendre comme prétexte cette inaction pour limiter leurs propres efforts. La défection d’une puissance leader est de nature à freiner, voire arrêter le mouvement.

C’est une manie américaine de prescrire l’ordre mondial puis de s’en retirer. Entre l’activisme et l’isolationnisme, la frontière n’est jamais sûre. Un autre accord, à Paris, passé en 1919 pour créer la Société des Nations voulue par le président Wilson, avait échoué devant le Congrès neuf mois plus tard. Ne ratifiant pas le Traité de Versailles, les Etats-Unis s’étaient retirés du Pacte qui lui était attaché, ce premier grand plan de paix par la diplomatie ouverte et le désarmement élaboré dans les cercles libéraux américains pour minimiser les risques de guerre.

Trump dans les traces de Harding

La majorité des élus avait refusé l’abandon de souveraineté impliqué par certains articles du Pacte comme elle refuse aujourd’hui COP21, bien moins contraignant pourtant. Donald Trump détruit ce qu’avait construit Barack Obama comme Warren Harding et les siens avaient renversé ce qu’avait osé Woodrow Wilson. Harding s’était fait porter à la présidence en 1920 sur un programme isolationniste de «retour à la normale» centré sur les WASP, (Blancs, Anglo-Saxons, protestants) et l’Etat minimal.

«Bien que les Etats-Unis aient créé la Société des Nations, leur politique a risqué pendant des années de la tuer», écrivait le Journal de Genève dix ans plus tard. Les grossières exagérations de l’élection de 1920, les perversions démagogiques que l’expérience a révélées si mal fondées ont donné aux militaristes et aux nationalistes européens un exemple destructeur. La majorité du président Harding, due en première ligne au rétablissement de l’unité du parti républicain, est devenue dans l’esprit des peuples une majorité «contre la Société des Nations». «La Ligue est morte», a alors dit le président. Les Américains se rendent-ils compte de la mesure dans laquelle ils ont contribué ainsi à aggraver la situation morale de l’Europe?

Retour à Paris en 15 jours

Les Etats-Unis ne sont pas restés complètement à l’écart de la Société des Nations. Ils ont pris part à des conférences, notamment sur le désarmement, mais sans s’engager. Et cette Genève imposée comme siège par Wilson contre les préférences pour Bruxelles n’a pas vu de personnalités américaines influentes intervenir dans les débats. Eussent-elles découragé les enragés de l’Axe?

Selon William Rappard, c’est pour compenser l’absence américaine à Genève que les Rockefeller ont financé la création en 1927 du Graduate Institute, l’établissement universitaire destiné à former les cadres intellectuels de la SdN.

La démagogie nationaliste américaine finit toujours par se calmer. Elle ne disparaît pas.

Si Donald Trump ne survit pas mieux que le pauvre Warren Harding à ses propres turpitudes, le parti républicain reste le gardien de la préférence nationale. Une présidence démocrate en 2020 remettrait Washington dans l’Accord de Paris en quinze jours. Mais vu de 2017, l’horizon 2020 gondole.

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