Une lueur d’espoir au bout du tunnel. Voilà comment se présente le Centre d’accueil universel (CAU), cette mouvance évangélique charismatique d’origine brésilienne, lorsqu’elle placarde des flyers sur le pont Bessières, à Lausanne. Dans ce lieu tristement réputé pour ses suicides, mais aussi ailleurs en Suisse romande et en France, cette Eglise protestante en pleine expansion, qui demande la dîme (10% des revenus des fidèles) et pratique des guérisons prétendument miraculeuses, veut séduire les jeunes en difficulté.

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Pour certains, cela fonctionne. Entre les crises qui se succèdent, les perspectives d’avenir qui s’obstruent et les tourments habituels de l’adolescence, les jeunes ont de nombreuses raisons d’être anxieux, voire égarés. Dans ce monde éclaté, suivre un chemin balisé où s’évanouissent les incertitudes apparaît comme profondément rassurant. Il faut s’imaginer, dans une salle lumineuse, sur fond de musique aérienne, écouter la voix chaude d’un pasteur vous invitant à vous éloigner du «diable» et à faire «le choix de Dieu». Le suivre est tentant.

Liberté religieuse

En Suisse, la liberté religieuse est un principe fortement ancré. Chacun est libre de croire ou professer ce qu’il veut, dans les limites de la légalité, et dans le cadre d’un Etat laïc. Et c’est tant mieux. Mais cette grande tolérance, qui contraste par exemple avec une politique plus restrictive en France, peut aussi générer des angles morts. Que ce soit à propos d’une mouvance évangélique qui séduit les jeunes en difficulté, ou des imams qui prônent un islam de la haine dans les quartiers défavorisés. Dans les deux cas, ces projets prosélytiques s’inscrivent dans des manœuvres politiques qui dépassent le cadre de la Suisse. Au Brésil, le CAU a joué un rôle déterminant dans l’accession au pouvoir du président Bolsonaro en 2018, et pourrait de nouveau en jouer un à l’aube du second tour de l’élection du 30 octobre prochain.

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Quand le religieux s’accompagne d’une dimension politique, mais aussi économique (la dîme récoltée dans les 15 antennes suisses du CAU constitue un pactole non négligeable), il faut s’interroger sur les limites à poser. Surtout quand cette évangélisation cible les jeunes en perte de repères. Ceux-ci méritent mieux qu’un discours démagogique, qui leur propose une lecture manichéenne du monde et leur promet monts et merveilles tant qu’ils paient. Les jeunes en difficulté ne sont pas à vendre.


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