Carla Hilber Del Pozzo

Demain, j’adopte une autoroute!

De retour d’un déplacement professionnel en Californie, notre conseillère en philanthropie et entrepreneuriat social nous fait partager une forme de partenariat privé/public qui donne à réfléchir. Dans un contexte d’économies budgétaires, adopteriez-vous une infrastructure publique?

Les kilomètres défilent sur les autoroutes californiennes que j’emprunte au gré de mes déplacements. Mon attention est attirée par des panneaux en bordure d’autoroute: «Adopt a Highway», suivis d’un numéro d’appel gratuit. Ai-je mal lu? Quelques centaines de kilomètres plus loin surgit un panneau similaire, cette fois-ci avec le nom d’une famille adoptante. Le lendemain, je vois un panneau identique sur une bretelle d’autoroute, adoptée par une entreprise.

C’est ainsi que je découvre plusieurs sites internet consacrés à ce genre d’initiatives aux Etats-Unis. Si certains se consacrent à la vente pure et simple de panneaux publicitaires, je débouche rapidement sur celui qui concerne la Californie, dont la nature tient davantage du partenariat public/privé: http://adopt-a-highway.dot.ca.gov/

Dans un premier temps, j’avoue avoir été induite en erreur par le nom de l’initiative, pensant qu’il s’agissait littéralement d’adopter une section d’autoroute ou un pont. J’ai songé avec consternation aux conséquences sur les parties non adoptées (non entretenues?), à l’incidence sur la cohérence du réseau, à la vision d’ensemble, etc. Vision chaotique…

Erreur! L’initiative, lancée en 1989, permet au secteur privé de faire don de matériel, équipement et services en faveur de l’entretien et de l’amélioration des bandes d’arrêt d’urgence bordant autoroutes et voies d’accès. Concrètement, les donateurs contribuent au nettoyage de déchets et graffitis, à la plantation et entretien des arbres et de la végétation. Les partenariats portent sur des tronçons de 3 kilomètres adoptés pour cinq ans renouvelables. A l’heure actuelle, il existe près de 2500 groupes d’adoptants (ex.: familles, entreprises, groupements professionnels et sportifs). Si 70% s’impliquent directement dans ces travaux d’entretien selon des normes précises, les autres financent des entreprises d’entretien. Depuis 1989, 120 000 Californiens ont contribué à cette initiative.

En remerciement pour leur contribution, les noms des adoptants sont inscrits sur les panneaux suivant une ligne graphique précise évitant d’en faire des enseignes publicitaires. A noter qu’une des modalités d’adoption permet de dédier un tronçon en hommage à un être cher disparu.

Outre l’aspect esthétique et sécuritaire, espérons que dans un proche avenir, le volet citoyen de ce programme permette de réduire la présence de déchets «non routiers» (bouteilles, piles, papiers gras), et de consacrer les ressources à l’entretien du réseau en tant que tel.

Les périodes de crise font émerger des idées innovantes qui méritent l’attention et l’ouverture d’esprit des citoyens comme des gouvernements, en particulier lorsqu’elles ont un impact durable et sont réplicables. S’agissant du secteur public (santé, éducation, infrastructures, etc.), les partenariats mixtes demandent une attention particulière: des engagements sur la durée (préservant la cohérence générale), portant sur des segments précis, afin que l’ensemble soit moins coûteux et reste gérable. Par qui? Par des professionnels dotés d’une vision globale des enjeux, entourés de partenaires privés apportant le meilleur d’eux-mêmes et un regard extérieur.

Carla Hilber del Pozzo – Philanthropica SA

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