L’intervention de quelques actionnaires importants de la banque depuis le début de la semaine n’aura servi à rien. Ils voulaient qu’Urs Rohner affiche son soutien à Tidjane Thiam ou qu’il parte. C’est le contraire qui s’est produit. Le président du conseil d’administration de Credit Suisse est conforté – à l’unanimité, selon le communiqué publié vendredi – dans son rôle tandis que le directeur général de la banque Tidjane Thiam démissionne. Thomas Gottstein, actuel patron de la filiale suisse de la banque, le remplace.

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Dans tous les cas, on voyait mal comment le statu quo pouvait perdurer pour une banque qui avait perdu le fil de la communication depuis que l’affaire des filatures avait éclaté l’été dernier. Une banque sur laquelle les révélations – vraies ou fausses – devenaient toujours plus embarrassantes. Où des théories du complot toujours plus scabreuses apparaissaient. Où les appels à la démission se multipliaient de tous les côtés. Où le patron et le président ne s’entendaient plus. Une situation intenable pour l’établissement dont la crédibilité s’effondre.

Un établissement redressé

Le départ de Tidjane Thiam n’est pas la fin de l’histoire. Certes, c’est lui qui dirigeait la banque au moment où ces filatures d’employés ont eu lieu et, qu’il ait été au courant ou non (il redit d’ailleurs vendredi dans le communiqué qu’il n’avait pas connaissance de ces filatures), c’est probablement suffisamment grave pour qu’il en endosse la responsabilité ultime.

Mais les problèmes de Credit Suisse ne s’arrêtent pas à cette affaire, aussi sinistre et peu glorieuse soit-elle pour la place financière zurichoise. Car la supposée attitude, l’origine pas suffisamment suisse, le caractère jugé pas suffisamment modeste de son directeur général ont joué plus que leur rôle.

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En réalité, cinq ans plus tard, Tidjane Thiam part après avoir redressé une banque en déliquescence. Elle ne caracole pas en tête des établissements mondiaux les plus sains, mais elle ne ressemble plus du tout à l’ombre de banque, aux placards remplis de fantômes des années subprimes et évasion fiscale, que le Franco-Ivoirien avait alors reprise.

Urs Rohner, lui, était déjà là. Il a présidé à la «résolution» de nombre d’affaires et de scandales, alors que le cours de l’action reste loin de ses plus hauts historiques. Bon an, mal an, il a empoché ses rémunérations et bonus, souvent sous les sifflets de certains actionnaires. Sans en tirer de conclusions. Urs Rohner s’en sort un peu facilement. Trop facilement.