éditorial

La démocratie broyée par la machine à désinformer russe

EDITORIAL. Deux rapports publiés cette semaine par le Sénat américain révèlent l’ampleur considérable de l’interférence russe dans la présidentielle américaine qui a porté Donald Trump à la Maison-Blanche

Les dénis du Kremlin, de Donald Trump et de ceux qui n’y voient qu’un vaste complot n’y changeront rien. Le temps est venu de ne plus se mentir. La Russie a mené une campagne massive contre les Etats-Unis pour favoriser l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche le 8 novembre 2016. Il n’est pas question ici de collusion du président américain avec la Russie, une hypothèse qui reste pour l’heure sans preuve, ni des compromissions russes de l’ex-conseiller de Trump Michael Flynn ou de son ex-avocat Michael Cohen. Il est question d’une guerre de la désinformation.

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Cette semaine, la Commission du renseignement du Sénat américain a publié deux rapports accablants qui mettent en lumière l’extraordinaire ampleur de l’offensive de Moscou. L’Internet Research Agency (IRA), une fabrique à trolls basée à Saint-Pétersbourg, a créé d’innombrables faux comptes sur presque tous les réseaux sociaux qui ont vu le jour dans la Silicon Valley, de YouTube à Vine et Reddit en passant par Instagram, Tumblr ou Pinterest, pour répandre des insanités et de la désinformation sur les démocrates et Hillary Clinton.

Des comptes qui ont généré un trafic considérable afin d’enflammer l’électorat conservateur avec des polémiques autour de l’immigration et du port d’armes et de saper la confiance de l’électorat afro-américain dans le système électoral américain pour le dissuader d’aller voter.

Ce n’est que le juste prix à payer pour Washington, pourrait-on se gausser ici en Europe. Les Américains n’ont-ils pas tenté à plusieurs reprises d’influencer des scrutins à l’étranger? Or nous aurions tort. Dans une ère où les pouvoirs autoritaires gagnent en attrait, Moscou a cerné dès 2009 la vulnérabilité des sociétés démocratiques ouvertes, à commencer par l’Europe. Il a eu le génie d’utiliser la formidable puissance de frappe des sociétés technologiques de la Silicon Valley pour la retourner contre le pays qui les abrite. Il a aussi anticipé en promulguant récemment une loi permettant de fermer son cyberespace à toute intrusion étrangère.

Il est donc temps d’admettre que l’autocrate Vladimir Poutine n’est pas un ami des démocraties. Quant à Facebook ou Twitter, leur laisser-faire dans l’affaire russe relève de l’irresponsabilité cupide. Ces sociétés promettaient de renforcer la démocratie. Elles sont devenues l’une de ses principales menaces.

Quant à Donald Trump, dont l’élection s’est jouée à quelque 80 000 suffrages, il n’est pas sûr que l’affaire russe lui coûte la présidence tant le Parti républicain a abdiqué sa responsabilité de défenseur des valeurs démocratiques. Mais quand il quittera la Maison-Blanche, perdant son immunité, il pourrait bien le faire avec des menottes aux poignets.

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