Débat

La démocratie directe fait-elle le lit du populisme?

Pour François Cherix, le droit d’initiative, si cher à la Suisse, a en réalité fait prospérer le populisme. Pas d’accord, l’ancien secrétaire d’Etat Charles Kleiber, qui participe ce samedi à Genève à un débat sur la démocratie directe, répond que les droits populaires ont surtout la capacité de tuer le populisme

Loin de l’image idéalisée que l’on s’en fait, la démocratie directe en Suisse créée des problèmes bien plus qu’elle n’en résout, estime François Cherix. Dans une analyse sans concession rédigée pour Le Temps, l’essayiste vaudois, auteur de Qui sauvera la Suisse du populisme? (Editions Slatkine), prend position dans un débat qui ne cesse d’opposer les défenseurs inconditionnels des droits populaires et ceux qui s’alarment de certaines tendances récentes.

Instrument mythifié

«La démocratie directe n’a pas exercé d’effet préventif sur le développement des idées populistes, mais a contribué à les inscrire dans l’ADN citoyen, écrit l’auteur dans une tribune rédigée pour Le Temps. Ainsi, ce n’est pas l’UDC qui a perverti l’initiative, mais la rusticité de cet instrument mythifié qui a favorisé son succès.» Une réaction s’imposerait, mais «dans un pays qui se croit tolérant, le simple examen critique d’institutions datant du XIXe siècle est devenu une trahison.»

Lire son texte ici: «Le droit d’initiative est devenu un outil de marketing»

Des thèses que ne partage pas l’ancien secrétaire d’Etat à l’éducation et à la recherche Charles Kleiber. «Oui, la démocratie directe est sensible aux extrêmes», admet l’ex-haut fonctionnaire, mais «le populisme n’est qu’une ancienne stratégie de quelques élites pour battre leurs rivaux, pour faire taire le peuple au profit des masses et des hommes providentiels.»

Plus de démocratie, plus de délibérations, plus de responsabilités citoyennes.

Charles Kleiber participe ce samedi à Genève aux «Disputes de la Maison de la Paix», qui porteront sur les défis que doit relever la démocratie suisse*. Le court-métrage qu’il a réalisé, baptisé «La démocratie à l’épreuve de la mondialisation» sera diffusé à cette occasion. Pour lui, «on ne lutte pour la démocratie que par plus de démocratie, plus de délibérations, plus de responsabilités citoyennes.»

Lire son texte ici: «La démocratie directe peut tuer le populisme»


* «Les défis de la démocratie suisse», Les Disputes de la Maison de la Paix, Auditorium Ivan Pictet, Maison de la paix, Genève, samedi 28 janvier 14h30, en partenariat avec Avenir Suisse et de Foraus. Avec la participation notamment des anciens conseillers fédéraux Ruth Dreifuss et Pascal Couchepin ainsi que le conseiller d’Etat vaudois Pascal Broulis.

Publicité