La démocratie directe fait sans doute partie, dans l’imaginaire collectif helvétique, de l’ADN de la Suisse. Ce qui ne doit pas nous faire oublier que ce système n’a pas été offert aux Helvètes par un quelconque Moïse descendu de sa montagne, culminât-elle entre Schwytz et Altdorf. La démocratie directe, dont l’histoire précise est restée longtemps, et curieusement, mal connue chez nous, est le fruit d’un long apprentissage d’un vivre-ensemble qui n’avait rien d’évident sous nos latitudes.

Comme Irène Herrmann l’a montré, la solution de la démocratie directe s’impose comme l’un des moyens privilégiés censés résoudre les conflits qui ont rythmé le passé de notre pays. C’est par elle que la Suisse a apprivoisé la mécanique consensuelle que l’on connaît aujourd’hui et qui lui permet d’intégrer les nombreux intérêts et particularismes dont elle est truffée. Sa faculté à obliger les acteurs politiques au compromis a ainsi débouché sur son acceptation tant par la droite que par la gauche, qui reconnaissent en elle la base d’une stabilité et d’un équilibre qu’elles savent vecteurs de paix et de prospérité.