La manipulation des chiffres par le pouvoir chinois est un sujet fascinant. Ne dit-on pas à Pékin que les statistiques font et défont les carrières? Et de toutes les statistiques que produit l’Etat central, celle de la démographie est l’une des plus sensibles. Longtemps on a pensé que les officiels minimisaient la croissance de la population pour attester de la réussite de la planification familiale et de son objectif d’un enfant unique. Aujourd’hui, on soupçonne ces mêmes statisticiens de gonfler les chiffres pour masquer un scénario qui serait en train de se réaliser bien plus vite que prévu et qui est l’un des cauchemars du parti: la Chine sera vieille avant d’être riche. Avec pour résultat que le discours du pouvoir sur «le grand rajeunissement de la nation chinoise» s’effondre.

Après avoir tardé à publier les chiffres du recensement de 2020 (ils sont établis tous les dix ans), Pékin a annoncé dans la précipitation cette semaine le relèvement à trois du nombre d’enfants autorisés par couple. Pourquoi ce sentiment d’urgence? S’il est difficile d’en juger du fait de l’opacité du système, les données indiquent des tendances. Parmi celles-ci, le fléchissement du taux de fertilité (1,3 enfant par femme) est brutal. Il rejoint ceux des pays riches. Et c’est un problème pour un pays qui ne l’est pas encore. Pour deux raisons: sur le plan intérieur, une nation vieillissante nécessite un développement de l’Etat social. La Chine n’en est qu’aux balbutiements d’un système de retraite digne de ce nom. Sur le plan extérieur, cette décroissance témoigne d’une dynamique de déclin. La population chinoise, avec 1,41178 milliard d’individus, diminuera dès l’an prochain. Il y aura alors plus de décès que de naissances.