Au lendemain d’une élection américaine palpitante, les Chinois assistent dans une large indifférence à l’ouverture d’un congrès du Parti communiste qui désignera une nouvelle équipe dirigeante pour la décennie à venir. Durant une semaine, ils n’entendront aucun débat d’idées mais seront matraqués de slogans appelant à l’unité, la stabilité et la loyauté. La loyauté envers un parti dont la réputation a été mise à mal cette année. L’affaire Bo Xilai, tout d’abord, du nom de l’un des politiciens les plus populaires du pays, a montré que le sommet de l’Etat pouvait être mêlé a de sordides histoires de meurtre, de sexe, d’abus de pouvoir et d’argent. Purgé, il sera bientôt jugé. La presse américaine a ensuite révélé coup sur coup la fortune indécente de deux des plus hauts dirigeants du régime, ou de leurs proches, Wen Jiabao et Xi Jinping, ce dernier étant destiné à devenir le nouveau chef du parti.

La corruption gangrène le pouvoir de la deuxième économie du monde. Longtemps la population a voulu croire que seuls les petits cadres succombaient à cette tentation. Elle a brutalement découvert que l’exemple vient de tout en haut. C’est désormais la légitimité du régime qui est en jeu. Un constat qu’a lucidement relayé le secrétaire général, Hu Jintao, en évoquant un risque pour le parti d’aller à sa perte. Beaucoup en Chine, en particulier dans les nouvelles classes moyennes branchées à Internet, perdent confiance. Ils attendent désormais des réformes profondes pour éradiquer le mal.

La réponse donnée hier par le parti ressemble à un déni de réalité. Il parle de réformes économiques certes, mais rien n’indique qu’il a l’intention d’en lâcher la gestion. Au contraire. Il propose une réforme politique. Oui, mais c’est du même tonneau que celle évoquée dès les années 1950 par un certain Mao Tsé-toung. Tout juste bon pour les procédures internes du parti léniniste. Il promet de frapper fort contre la corruption. Sans doute, mais la recette est toujours la même: une campagne de purification idéologique plutôt que repenser la gouvernance du pays le plus peuplé de la planète.

Aujourd’hui, la dictature n’a plus le courage d’approfondir les réformes. Et pour cause, ce sont les intérêts de ses rentiers qui sont en jeu. C’est une question de survie. Son capitalisme autoritaire a pu paraître l’instrument le plus efficace pour un pays en voie de développement. Certains nationalistes en Chine rêvent de l’ériger en modèle alternatif aux démocraties libérales au nom de la diversité des cultures politiques. Avec l’enrichissement des Chinois, il s’avérera bientôt obsolète. Comme il le fut autrefois à Taïwan, en Corée du Sud ou ailleurs.