Le 24 novembre dernier, le peuple genevois refusait le déclassement d’une zone agricole au Grand-Saconnex et d’une zone villa au Petit-Saconnex. Dès lors, l’issue du vote sur l’urbanisation de Cointrin le 9 février est incertaine. Cet attachement aux quartiers pavillonnaires a été magnifiquement exprimé par Nino Ferrer dans une chanson intitulée La Maison près de la fontaine (1971). L’auteur-compositeur y narre la triste fin d’une demeure «Couverte de vigne vierge et de toiles d’araignée» qui «Sentait la confiture et le désordre et l’obscurité/L’automne/L’enfance/L’éternité». Encerclée par les HLM, la maison «A fait place à l’usine et au supermarché/Les arbres ont disparu mais ça sent l’hydrogène sulfuré/L’essence/La guerre/La société».

C’est sur ce sentiment très répandu que bute Antonio Hodgers, conseiller d’Etat chargé de l’aménagement du territoire à Genève. La législation fédérale interdisant le recours à de larges déclassements de la zone agricole, l’alternative est donc la suivante: développer l’agglomération sur territoires vaudois ou français, avec des conséquences écologiques et sociales négatives, ou densifier les zones à bâtir existantes, en augmentant les gabarits et en déclassant les zones villas. La première option n’est guère souhaitable et la seconde est mal acceptée. Mais il n’existe pas d’autres solutions, à moins bien sûr que l’économie genevoise ne perde son dynamisme économique. C’est sans doute ce qui a amené le président du Conseil d’Etat à appeler de ses vœux un débat sur la croissance.