Il existe, en France, un déontologue parlementaire. C’est la révélation principale de l’affaire Fillon. Un brave gars est chargé de dire s’il est acceptable de se faire offrir un costume à 15 000 euros par un type louche. Hasard du calendrier, nous parlions déontologie lors d’une récente réunion de la francophonie. Des élus du monde entier se retrouvaient au Vietnam pour débattre de morale en politique.

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La francophonie est une plateforme intéressante. Elle souffre certes des lourdeurs protocolaires de l’ancienne puissance coloniale, mais c’est pour la bonne cause, la langue française. Et c’est un subtil terrain de jeu du Quai d’Orsay auprès de «nos amis africains». C’est donc intéressant. Et parfois amusant.

Un monsieur sous-occupé

Le Québec était en charge d’un rapport sur «l’éthique des parlements de l’espace francophone». Une compilation de témoignages de pays membres, dans lequel la France présente son déontologue. Le monsieur est sous-occupé, de toute évidence. A la question 4, «Pouvez-vous donner des exemples de manquements aux règles déontologiques […]?», la réponse est «non». Aucun. En écoutant mon camarade québécois, je me renseigne: le déontologue est-il intervenu dans le cas Fillon? J’apprends alors, sur le site d’Ouest-France, qu’il a pris une fois la parole depuis le début de l’affaire. Une fois. Pour dire qu’il n’avait… rien à dire. Voilà voilà.

En ce samedi matin de mars, dans une salle climatisée de Saigon, le débat s’annonce donc intéressant. Parler d’éthique à propos d’un parlement en perdition morale et doté d’un déontologue muet, c’est croustillant. Le député québécois termine son rapport. J’interroge la personne censée représenter la France: «A quoi sert le déontologue en chef d’un parlement s’il ne dit rien sur un scandale planétaire?»

On ne tire pas sur une ambulance

Silence gêné. Le président de commission glisse: «Euh… notre collègue française est absente ce matin.» Absente? Un rendez-vous à l’ambassade, me dit-on. Traverser la planète pour une réunion internationale, et rater les débats pour rencontrer l’ambassadeur, c’est dommage. Mais qu’importe, je maintiens ma question. Un élu africain prend alors la parole, et me sermonne. «Ce n’est pas bien de personnaliser les choses. Heureusement que notre collègue française n’est pas là.» Il a raison. On ne tire pas sur une ambulance.

En résumé: la France est prise en faute morale. Le monde en débat, mais sans elle. L’Afrique vient alors à son secours dans la capitale de la Cochinchine. Tout est dit.

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