L’Union européenne (UE) est peut-être en train de regagner sa crédibilité entachée, dans le monde arabe en révolution, par les hésitations de ces dernières semaines.

Si, comme tout semble le montrer, les Vingt-Sept confirment dans les jours qui viennent leur détermination à en finir avec le colonel Kadhafi, un pas important aura été accompli. Il sera, bien sûr, pavé de problèmes. Il mettra, certainement, à rude épreuve la solidarité au sein de l’espace Schengen si des dizaines de milliers de migrants devaient venir s’échouer sur les côtes maltaises, chypriotes ou italiennes. Resserrer l’étreinte militaire, politique et judiciaire autour du numéro un libyen, de son entourage et de sa garde prétorienne n’est qu’une première étape. La suite sera tout sauf une affaire simple et sans risques. Le cap doit être maintenu et la page des compromissions passées définitivement tournée.

L’UE doit être capable, avec le soutien des Etats-Unis et si possible de l’ONU, de faire sortir la Libye de l’obscurantisme des années Kadhafi.

Y parvenir est en plus possible. L’instauration d’une zone d’exclusion aérienne, première étape d’un blocus destiné à paralyser l’appareil militaire du pouvoir, peut intervenir en quelques jours. Mais cela suppose, auparavant, de minimiser les risques pour les populations civiles locales et pour les expatriés. Tel est donc le but de l’intervention militaire à but humanitaire: assurer la protection, ou l’évacuation, d’un maximum de personnes. Afin de les soustraire à un dictateur réputé capable du pire.

L’important pour l’UE est maintenant de ne pas se tromper de priorités. Barack Obama l’a fait, en décrochant son téléphone pour donner à ses alliés ce qui ressemble fort à un feu vert américain à une intervention dont les modalités dépendront des circonstances. A côté des moyens militaires déployés pour encadrer les évacuations, et des éventuels soutiens ponctuels aux rebelles libyens, une fenêtre doit rester ouverte. Les cadres du régime qui ne sont pas encore sur la liste des personnes frappées de sanctions doivent savoir qu’ils peuvent encore faire défection. Les capitaines, les commandants des forces pro-Kadhafi doivent comprendre que leur moment de vérité est venu.

Il faut pour cela parler. Fort. L’Union européenne doit maintenant marteler un unique message: le départ de Kadhafi n’est plus négociable.