Chronique

Déprimé? J’ai ce qu’il vous faut!

Sept fois récompensé aux Goldens Globes, «La la land» de Damien Chazelle est le film qu’il faut voir pour bien commencer l’année. Un hommage contemporain, pop et euphorisant, à l’âge d’or des comédies musicales

Dans une autre vie, quand j’étais critique de cinéma, j’avais une faiblesse: sitôt qu’un film comprenait une scène de danse, tango ou hip-hop, paso-doble ou claquettes, mon jugement était favorablement altéré. C’est ainsi qu’il m’est arrivé de sauver des navets. Je n’y peux rien. C’est comme ça. La danse me met en joie.

Parce que c’est une des rares activités totalement gratuites, qu’elle crée du mouvement avec une simple oscillation de hanches, sublime nos pulsions, libère des lourdeurs du monde. Parce qu’elle se pratique à tout âge, qu’elle a la grâce de l’éphémère et l’intensité de la présence. Parce qu’on ne peut pas être cruel en dansant. Parce qu’elle est par nature écologique. C’est le seul art qui ne laisse aucun déchet, et dont l’énergie est renouvelable.

Ce préambule, j’en ai conscience, peut décrédibiliser ce qui va suivre. Pour ma défense, je dirais que les sept goldens globes qu’il vient de remporter appuient objectivement mon enthousiasme. J’adore «La la Land», de Damien Chazelle, dont la sortie est prévue le 25 janvier.

Cette comédie chantée et dansée réunit tous les ingrédients du film culte: un leitmotiv musical aussi obsédant que l’air de l’harmonica dans «Il était une fois dans l’Ouest»; plusieurs scènes d’anthologie, dont l’ouverture époustouflante; des décors qui convoquent en un seul plan cent ans de cinéma; un couple d’acteurs à l’élégance d’elfe et aux semelles de plumes; une esthétique pop et hypercolorée qui ferait passer les smarties pour d’austères hosties et des trouvailles visuelles qui deviendront, c’est sûr, des gimmicks de cinéphiles.

Plus encore que son côté «feel good movie», j’aime sa lucidité. Bien sûr, le film dit la fin de l’âge d’or de Hollywood. On peut le regretter, le pleurer, le nier ou le fétichiser jusqu’à l’embaumer. Autant d’attitudes mortifères. Chazelle propose autre chose: se souvenir de ce qui nous a enchantés et transformer cet émerveillement en carburant: faire de nos admirations le moteur de nos passions, audaces et modernité. Plutôt que d’être paralysé par le passé, être porté par lui, comme le fait un bon danseur avec sa partenaire.

Technique de self-défense

«La La Land», formidable antidépresseur? C’est certain, mais c’est aussi une redoutable technique de self-défense. Oui, oui, je vous l’assure. L’autre jour, en montant dans le train, je me suis fait agresser verbalement par un grognon grisâtre: j’aurais pu m’énerver, j’ai préféré dégager mes épaules, redresser la tête et siffler les premières notes de «City of stars», la ritournelle que joue au piano Ryan Gosling. Je me suis sentie invulnérable. Et Monsieur Ronchon complètement désarmé.

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