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La tombe du dictateur, à El Valle de los Caidos.
© Daniel Ochoa de Olza/AP/Keystone

Revue de presse

Les députés espagnols réclament que Franco quitte son mausolée

Les députés espagnols ont demandé ce jeudi au gouvernement que les restes du dictateur soient exhumés. Il s’agit de «donner un nouveau sens» au lieu très controversé qui les abrite, afin que celui-ci ne soit «plus un lieu de mémoire franquiste et national catholique» mais un espace favorisant la réconciliation 

C’est un immense mausolée, extrêmement controversé, où le général Franco (1892-1975) est enterré depuis quarante-et-un ans, à 50 kilomètres de Madrid. Et un fait unique en Europe: ce dictateur-là possède une sépulture publique. Or, en application d’une loi visant à mieux honorer la mémoire de ses victimes, le congrès des députés espagnol a demandé jeudi au gouvernement de Mariano Rajoy, explique El País, d’exhumer ses restes, avec 198 votes favorables et un vote contre. Les élus du Parti populaire (PP, droite) au pouvoir se sont abstenus, et de toute manière, l’exécutif n’est pas contraint d’accéder à la demande. Les parlementaires voudraient également que les restes de José Antonio Primo de Rivera, le fondateur en 1933 de la formation fascisante la Phalange espagnole, soient transférés de la basilique à un endroit plus discret du site.

Plus précisément, il s’agit de donner enfin une réalité à la loi dite de «mémoire historique» – que Libération détaillait en 2007 – par le retrait des restes de Francisco Franco d’El Valle de los Caidos («la vallée de ceux qui sont tombés» pour l’Espagne), un «monument colossal, symbole par excellence de la dictature franquiste» honni de nombreux médias qui le décrivent comme un «vestige de la honte», longtemps resté «intouchable». Il avait été imaginé par Franco pour rendre hommage aux «héros et martyrs de la croisade» que le Caudillo disait avoir menée pour remporter la guerre civile (1936-1939). Mort de maladie après trente-six ans de règne, il y avait été enterré en 1975, au pied de l’autel de la basilique.

Lire aussi: la une du «Journal de Genève» du 21.11.1975

Dans les années 1950, le régime franquiste avait fait transférer arbitrairement sur ce site les restes de plus de 33 000 morts de la guerre civile, des deux camps. Et aujourd’hui encore, des descendants de républicains demandent que leurs proches ne reposent plus aux côtés de Franco. «Dépendant du patrimoine national, financé par des fonds publics», El Valle de los Caidos représente «un lieu de pèlerinage pour les nostalgiques, qui s’y recueillent chaque 20 novembre, jour anniversaire de la mort de Franco», écrit Le Monde.

De plus, ajoutent Les Echos, «signe des relations compliquées de l’Espagne avec son passé, les gouvernements successifs n’ont pas osé jusqu’ici déplacer la dépouille encombrante. Le lieu qui prend l’eau est menacé de ruine. Les brèches ont été plus ou moins colmatées mais les récentes inspections signalent un état déplorable.» Bref, on est là face à une histoire en déliquescence, au sens propre comme au sens figuré.

Promu par le Parti socialiste ouvrier, le texte de loi – qui divise une fois de plus la classe politique de tout le pays – appelle à «donner un nouveau sens» au mausolée, pour qu’il ne soit «plus un lieu de mémoire franquiste et national catholique» mais un espace favorisant la réconciliation. De plus en plus de personnalités réclamaient cette mesure, tel l’écrivain et journaliste Manuel Vicent qui a récemment estimé, toujours dans El País, que «la transition» de la dictature à la démocratie ne s’achèverait «que lorsque Franco sera retiré d’El Valle de los Caidos». «Et c’est à la droite de le faire» ajoutait-il.

Autre son de cloche, dans ce même quotidien toujours, qu’a déniché Courrier international: un éditorialiste estime que «l’endroit est parfait pour Franco, car il représente bien l’obscurantisme et la vulgarité de son régime». L’évacuation est-elle dès lors nécessaire? Lorsqu’on visite, «volontairement ou accidentellement ce site funèbre» […], c’est une expérience marquante. Marquante au point qu’elle peut déclencher une pathologie à définir, à l’exact opposé du syndrome de Stendhal, et qui se caractérise par une série de symptômes de nausée causés par une surexposition à la laideur, à la mégalomanie creuse et à un pastiche nécrophile». Il suffit de contempler la sinistrose que peut déclencher la vision de cet endroit pour s’en rendre compte:

Mais ce n’est pas simple. Car il existe en Espagne deux représentations très différentes du site, comme l’explique Euronews. «Les choses devraient rester telles qu’elles sont parce que c’est un monument pour les deux camps de la guerre civile, et pour les morts des deux camps, estiment certains. Donc il faut laisser les choses comme elles sont et vivre avec l’histoire.» Pour d’autres, par contre, «tous ces monuments dédiés à la victoire du régime franquiste, […] il faudrait leur donner un autre sens, un sens radicalement différent de celui qu’ils ont.» L’Espagne est «le seul pays au monde où l’on honore la violence avec des monuments comme celui-là».

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