Il a présenté ses excuses, a tenté de revenir en arrière, mais rien n’y a fait. En lâchant mardi sa phrase «Même Hitler n’en était pas arrivé à utiliser des armes chimiques», Sean Spicer, le porte-parole de la Maison-Blanche, a déclenché un torrent de réactions outrées. Il peut se répandre en explications, invoquer maladresse ou fatigue, cette phrase a scandalisé. Accusé de minimiser l’Holocauste et de nier l’existence des chambres à gaz, Sean Spicer doit faire face à des appels à la démission qui se multiplient. Mercredi, il a admis avoir «trahi la confiance» de Donald Trump. 

C’est lors de son point presse quotidien, où il répond à toutes sortes de questions liées à l’administration Trump, qu’il a tenu ces propos. Au menu, les développements liés aux récentes frappes américaines en Syrie, comme réponse à l’attaque chimique imputée au régime de Damas. C’est là qu’il a insinué que le président syrien Bachar al-Assad avait fait «pire» qu’Adolf Hitler: «Pendant la Seconde guerre mondiale, on n’a pas utilisé d’armes chimiques. Même une personne aussi abjecte qu’Hitler n’est pas tombée aussi bas que d’utiliser des armes chimiques.»

Lire aussi: Donald Trump part en guerre contre les médias

Empirant son cas

Relancé par une journaliste, il a tenté de se rattraper, en empirant son cas. Voici ce qu’il a dit: «En ce qui concerne le gaz sarin, Hitler n’a pas utilisé de gaz sur son propre peuple de la même façon qu’Assad». Puis: «Je sais qu’il les a apportés dans les centres d’holocauste. Mais je parle de la façon dont Assad les a utilisées (les armes chimiques, ndlr), quand il est allé dans les villes et les a lâchées sur des innocents…»

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Parmi les plus fortes, celles du Centre Anne Frank basé aux Etats-Unis. «Pendant la Pâque juive, Sean Spicer a nié l’Holocauste, la forme la plus répugnante de «fake news» possible, en niant qu’Hitler a gazé des millions de Juifs», a tweeté son directeur. 

Vers un licenciement?

Sur le front politique, Nancy Pelosi, cheffe de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, a affirmé qu’il «minimisait l’horreur de l’Holocauste». Une faute grave qui doit aboutir à son licenciement, dit-elle. Le sénateur démocrate Ben Cardin s’est lui fendu d’un «le terme que vous cherchiez est camp de concentration». La chanteuse Barbara Streisand a elle aussi a tenu à partager son indignation sur Twitter. «Vous pensez que six millions de juifs ne comptent pas?», écrit-elle.

Sean Spicer a tenté de réparer l’irréparable, par communiqué. «En toute franchise, j’ai fait par erreur un commentaire inapproprié et manquant de sensibilité au sujet de l’Holocauste, il n’y a pas de comparaison possible», a-t-il ensuite relevé sur CNN. «Vous n’étiez pas au courant que des chambres à gaz ont existé?», lui a lancé le journaliste. Il a répondu: «Si, je l’étais».

Ce n'est pas la première fois que l'entourage de Donald Trump, Stephen Bannon en tête, est accusé d'antisémitisme ou de minimiser l'holocauste. Donald Trump, qui a un beau-frère et une fille juifs, est d'ailleurs en train de prendre ses distances avec son conseiller stratégique.

En osant la comparaison avec Hitler, le but de Sean Spicer était de diaboliser Bachar al-Assad, s'inscrivant ainsi dans la ligne droite des récentes accusations de la Maison-Blanche. Donald Trump a, mercredi, sur Fox Business, qualifié le président syrien d'«animal» et de «personne diabolique». 

Mediaslot: Youtube

Il s’était amélioré

Sean Spicer n’en est pas à son premier dérapage. Au lendemain de la prestation de serment de Donald Trump, c’est lui qui avait osé dire que la cérémonie d’investiture était «la plus fréquentée de toute l’histoire des Etats-Unis». Des photos prouvent clairement qu’il s’agit d’un mensonge. Donald Trump avait été piqué au vif par les commentaires sur la faible fréquentation et Sean Spicer a dû composer avec cette situation, et donner le change.

Lire aussi: La vérité selon Donald Trump

Se livrer tous les jours en pâture devant des dizaines de journalistes est un exercice sans filet, difficile. Il l’est d’autant plus quand les intentions de son chef, Donald Trump, ne sont pas toujours claires. Les débuts de Sean Spicer étaient terrifiants: nerveux, il cachait son incompétence par de l’agressivité. Mais depuis quelques semaines, il avait pris de l’assurance, parvenant à tenir sa conférence quasi quotidienne sans suer à grosses gouttes. Sean Spicer était parvenu à faire oublier quelques erreurs de débutant et à redorer son image. Jusqu’à ce qu’il fasse intervenir Hitler et l’Holocauste dans le dossier syrien.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.