régulation

Les dérives de Wall Street mises à nu

L’affaire Goldman Sachs montre comment la banque d’affaires a, au moment de la crise des «subprime», placé son propre intérêt avant celui de ses clients. Le sénateur Levin demande ce mardi à son président Lloyd Blankfein des explications

Sont-ils coupables? La justice n’a pas encore rendu son verdict. Ont-ils péché? Oui, de toute évidence.

Depuis le 16 avril, date d’une plainte pour fraude déposée par le gendarme américain de la bourse contre Goldman Sachs, les preuves se sont accumulées. Au fil des courriels accablants rendus publics, on réalise combien les dirigeants de la banque la plus rentable de l’histoire de Wall Street ont violé l’éthique de ses pères fondateurs: toujours placer l’intérêt des clients avant le sien. Comme on est loin de l’idée que l’innovation financière vise à faciliter l’accès à la propriété des exclus du marché hypothécaire!

Dans ce contexte, l’enquête menée par le sénateur Levin sur la responsabilité des banques d’affaires dans la crise financière va permettre de réaliser ce qui reste un rêve pour beaucoup: sommer les dirigeants de s’expliquer. Ce mardi, les auditions vont non seulement les mettre face à leurs dérives, mais aussi servir de tribunal contre l’enrichissement excessif et à tout prix. Le marché a déjà sanctionné Goldman Sachs; en dix jours, son action a perdu près de 20% de sa valeur.

L’affaire va donc au-delà de l’établissement présidé par Lloyd Blankfein. Elle sonne en réalité comme un avertissement lancé à toutes les autres banques de Wall Street, dont les pratiques ont certainement été proches. Impossible, par ailleurs, de séparer ce dossier de la réforme de la finance que réclame le président Obama.

Cependant, la partie n’est de loin pas gagnée. Techniquement, d’une part, parce que les solutions envisagées, comme interdire certaines activités, sont complexes. Politiquement, d’autre part, car les banques tiennent les démocrates comme les républicains par les cordons de la bourse. Wall Street figurait en tête des donateurs lors de la dernière campagne présidentielle. Les élus auront-ils le courage de scier une grosse branche sur laquelle ils ont pris leurs aises?

Reste que sans un changement au sein de la plus grande place boursière, New York, inutile d’espérer que le reste de la planète financière bouge. C’est le cas en Suisse où, la semaine dernière encore, la commission chargée par le Conseil fédéral de résoudre le cas des entreprises trop grandes pour faire faillite, en clair UBS et Credit Suisse, a présenté des solutions minimalistes.

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