Ce week-end, à Hangzhou, Barack Obama participe à son dernier sommet du G20 qui sera aussi l’un des derniers grands rendez-vous diplomatiques de sa présidence. Il n’est pas anodin – même si c’est le fruit du hasard – que cette ultime sortie se tienne en Chine. Pour l’homme qui a fait basculer les Etats-Unis vers le Pacifique, c’est une façon de boucler la boucle.

Dès son entrée en fonction, en janvier 2009, le président américain a articulé sa vision géopolitique. Si l’Europe demeure l’indispensable allié – le frère en valeurs – c’est pourtant bien en Asie de l’Est que se joue l’avenir: c’est là que se trouve le plus grand marché, c’est là qu’on observe le plus grand relais de croissance économique, c’est là enfin qu’émerge le principal concurrent des Etats-Unis, à savoir la Chine.

L’affaire n’allait pas de soi

Ce basculement vers l’Ouest – vu d’Amérique – s’est d’abord fait connaître sous le nom de «pivot», puis de «rééquilibrage». Les forces armées américaines ont peu à peu été réorganisées en fonction de cette priorité. Le retrait des Etats-Unis du Proche-Orient — bien que contrarié par les bourbiers irakiens et syriens — doit se comprendre à l’aune de cette ambition.

La grande inconnue de cette réorientation était l’évolution de la relation avec la Chine. Comment accommoder l’un des principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis tout en préservant ses alliances régionales face aux nouvelles ambitions politiques et territoriales de Pékin? L’affaire n’allait pas de soi. Les revendications chinoises en mer de Chine du Sud et de l’Est bousculent non seulement les Etats voisins mais aussi le principe de la liberté du commerce maritime dont Washington se porte garant. Une sur-réaction peut conduire à un conflit. Un manque de réaction et c’est la crédibilité du parapluie américain qui s’effondre.

Traité de libre-échange

La gestion de cette relation, la plus complexe qui soit, est l’une des grandes réussites de la présidence Obama. Deux accords l’illustrent parfaitement. L’entente sino-américaine sur la réduction des gaz à effets de serre a été le facteur-clé de la réussite de la conférence de Paris sur le climat. Elle démontre comment les deux premières puissances économiques peuvent faire la différence lorsque leurs intérêts convergent.

Le Traité de libre-échange transpacifique (TPP), ensuite, illustre la façon dont la Maison-Blanche entend garder la main en matière de commerce. «Si nous n’écrivons pas les règles de demain, c’est la Chine qui le fera à notre place», n’a cessé de répéter Barack Obama. Les portes du TPP ne sont pas fermées à la Chine, mais cette dernière a pour l’heure préféré miser sur le lancement de sa propre banque internationale d’investissement pour avancer son agenda de «Route de la Soie». Une banque que Washington, à tort, a jusqu’ici ignorée.

Succès chinois, échec russe

Malgré les risques de collusions de plus en plus grands, Washington et Pékin sont parvenus à rester des partenaires. «Obama a compris que nous pouvons étendre notre coopération et gérer les différences», expliquait cette semaine un responsable chinois cité par l’AFP. «Nous ne sommes ni amis, ni ennemis», résumait-il.

Barack Obama a réussi avec Pékin ce qu’il a échoué à faire avec Moscou. La volonté était pourtant là dans les deux cas: dès 2009, il proposait une remise à plat («reset») des relations russo-américaines dans une logique multilatérale. Il n’y est malheureusement pas parvenu. A qui la faute? Sans doute n’y avait-il pas de la part du président américain la même envie de s’investir avec la Russie qu’avec la Chine. Le néo-conservatisme cultivé par Vladimir Poutine – succédant au néo-conservatisme de George W. Bush – n’a pas non plus facilité la tâche. C’est regrettable. Car comme le montre l’exemple sino-américain, la confrontation n’est jamais inéluctable.

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