Revue de presse

Le dernier tango du G20 à Buenos Aires, aurait dit Bertolucci

Les observateurs sont très sceptiques sur la raison d’être d’un sommet qui risque de se résumer à un tête-à-tête commercial belliqueux entre Washington et Pékin. N’arriverait-on pas au même résultat, c’est-à-dire piteux, avec une conférence téléphonique à 20?

Clic-clac Kodak. Le sommet du G20, 13e du nom – mauvais présage? –, se tient donc ces 30 novembre et 1er décembre 2018 à Buenos Aires, la capitale argentine. Et tous les observateurs, déjà, ont les yeux prêts à se river sur un certain Donald Trump. Le suspense est insoutenable. L’ATS le dit «décidé à en découdre avec la Chine» et «prêt à bouder la Russie». Question torride, alors, sur le bilatéralisme impulsif de la Maison-Blanche: Trump verra-t-il un Vladimir Poutine englué dans la déclaration de la loi martiale en Ukraine?

«Peut-être que je ne ferai pas cette entrevue, je n’aime pas cette agression. Je ne veux pas d’agressions», a lâché ce grand inoffensif au Washington Post. Et puis, que dira-t-il à Xi Jinping? Parlera-t-il au prince héritier Mohammed ben Salmane d’Arabie saoudite, dont certains prévoient déjà l’absolution dans l’affaire Khashoggi en Argentine? Comme à Hambourg l’an dernier, Trump pourra-t-il se targuer du «veni, vidi, vici» qu’y avait vu La Repubblica?


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«Le risque est celui d’un tête-à-tête entre la Chine et les Etats-Unis et d’une guerre commerciale destructrice pour tous», avertit pour sa part – dans le quotidien argentin La Nacion – Emmanuel Macron, déjà arrivé en Argentine avec sa femme, Brigitte, sous les feux de photographes fébriles qui faisaient le pied de grue à l’aéroport Ministro-Pistarini d’Ezeiza. Un show de mitraille glamour comme les Sud-Américains savent seuls le faire, dans la douceur de cette fin de printemps austral:

Une fausse note, quand même, que relève le site Fr.sputnikNews.com: le couple présidentiel français n’a été reçu sur le tarmac que par des agents de sécurité et employés de l’aéroport. «A en juger par la grimace» sur le visage du locataire de l’Elysée qui cherchait vainement à apercevoir un représentant officiel de l’Etat, cela ne lui a guère plu. Et inspiré les internautes argentins, qui ont fait du miel de leurs «gilets jaunes» à eux, les chalecos amarillos:

Voilà pour les mondanités. Mais l’idée du G20, «c’est que ce soit une réunion pacifique, tranquille, que tous ceux qui veulent manifester puissent le faire en paix, et pas dans la violence», dit la ministre argentine de la Sécurité, Patricia Bullrich, à l’AFP. Elle a donc accepté ces merveilleux cadeaux offerts par la Chine à un pays qui accueille pour la première fois de son histoire telle palette de chefs d’Etat: des motos, des camions conçus pour l’installation de barrières antiémeutes, des véhicules blindés d’intervention, des détecteurs d’explosifs. Muchas gracias, Beijing.

Alors OK pour la «réunion pacifique». Mais la réunion tout court? Avant même qu’elle ne débute ce vendredi, le quotidien argentin Clarin a révélé lundi qu’une dénonciation avait été adressée à la justice fédérale argentine par Human Rights Watch, qui cherche à placer Mohammed ben Salmane en détention. Gesticulations… mais accueil chaleureux à l’aéroport, cette fois-ci:

Un jour auparavant, le prince avait déjà «chauffé les moteurs» avant de s’envoler vers le G20 de Buenos Aires, indignant l’Espagne tout entière avec… une photo diffusée sur Twitter par son Ministère des affaires étrangères, écrivent Les EchosCelle du roi Juan Carlos aux côtés de MBS. «La foto de la vergüenza», «la photo de la honte», critique sévèrement El Mundo. L’image, prise (elle aussi!) lors du Grand Prix de formule 1 d’Abu Dhabi, scandalise le journal espagnol, choqué de la «frivolité irresponsable» du vieux roi qui jette le discrédit sur une maison de Bourbon déjà bien mise à l’épreuve. Celle-ci, on le sait, a des liens étroits avec la famille royale saoudienne, qui ont permis à l’Espagne de décrocher des contrats très importants dans le royaume wahhabite, explique 20 minutes France:

Bref, sans tous ces problèmes, le monde ressemblerait à un paradis. Mais ce serait oublier qu’il y a encore une traditionnelle charrue à chiens au programme des discussions du G20, celle du réchauffement. Comme le rappelle Courrier international, «Donald Trump nie l’impact de l’activité humaine sur le changement climatique» et il «a contesté mardi le consensus scientifique selon lequel l’activité humaine [y] contribue», largement, commente le site TheHill.com après la publication par le Washington Post d’une interview du président américain.

«Des gens intelligents comme moi»…

«Je ne vois pas» que les changements climatiques sont le fait de l’homme, déclare-t-il. Il ajoute ne pas être d’accord avec les conclusions du rapport selon lesquelles ils posent d’importants problèmes de santé et de sécurité: «Un des problèmes que beaucoup de gens comme moi ont, c’est que nous avons des niveaux d’intelligence très élevés, mais que nous ne croyons pas nécessairement à ça. Si vous regardez notre air et notre eau, ils atteignent en ce moment un record de propreté», argumente-t-il sans sourciller.

D’où la question, que posait déjà le site Eurotopics.net en juillet 2017: «Le monde a-t-il besoin du G20?» Son sommet qui s’était alors «accompagné d’importants dégâts dans les rues de Hambourg [avait] également soulevé une lame de fond sur la scène politique»: «Les Etats ont souligné leur adhésion au principe de libre-échange, mais ils ont fait des concessions au président américain.»

Franchement, ces messieurs dames?

Le Spiegel enrageait alors: «Il semblerait que l’on veuille s’occuper de l’Afrique, et tout le monde est d’accord pour dire que le libre-échange est une bonne chose. On peut le dire franchement: ces messieurs dames en seraient arrivés au même résultat avec une conférence téléphonique. Bien évidemment, au moment où on a prévu le sommet, on ne pouvait pas encore savoir qu’un incapable politique comme Donald Trump serait locataire de la Maison-Blanche. Mais on aurait pu prévoir que cette rencontre, avec son cortège de délégués venus par milliers», ne servirait pas à grand-chose.

«Nous devons de toute urgence trouver de nouveaux systèmes permettant aux dirigeants d’échanger», poursuivait le magazine allemand. Car ce sacré G20 s’annonce une fois de plus très conflictuel, «tant ses membres ont du mal à s’entendre sur les dossiers prioritaires, qu’il s’agisse de la lutte antiterroriste, de l’accueil des réfugiés ou encore du climat», lit-on sur le site Info-Arte.tv.

Alors on fera, comme d’habitude, une photo de groupe. Au prestigieux Teatro Colón. Ce sera beau. Un décor de rêve pour poser, fièrement, ce vendredi soir, le gouvernement de la planète. Avant d’en conclure, vingt-quatre heures plus tard, qu’aucune mesure concrète ne se sera dégagée du G20 Argentina.

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