Hillary Clinton passera-t-elle un coup de fil au juge Alan Gold? Dans la saga à rebondissements de l’affaire UBS, le magistrat de Miami a fixé le nouvel épisode à vendredi prochain. Précisément le jour où Micheline Calmy-Rey sera à Washington pour s’entretenir avec la cheffe de la diplomatie américaine.

Il y a belle lurette que cette question a perdu ses oripeaux de simple litige entre une entreprise privée et le fisc américain pour se transformer en affaire d’Etat. Mais, se passant le bébé du Département du trésor à celui de la justice et, désormais au Département d’Etat, l’administration Obama fait mine d’afficher le contraire. Elle laisse courir les délais, poursuit les procédures, bref, joue avec les nerfs des Suisses tout en accueillant courtoisement ses responsables politiques. UBS a décidé de violer la loi américaine «de manière systématique et délibérée», met-elle constamment en avant. Tout le reste n’est que considérations accessoires.

Cette façon de continuer la guerre derrière les apparences de la délicatesse peut se révéler d’autant plus dommageable pour la Suisse que, dans le même temps, le linge sale continue de sortir des paniers. Si elles sont avérées, les révélations d’un nouveau repenti américain, Jeffrey Chernick, avec des banquiers suisses déguisés en touristes et des hauts fonctionnaires soudoyés, confirment une image fort peu reluisante. A elles seules, elles ont de quoi convaincre l’administration américaine de la justesse de sa stratégie.

Micheline Calmy-Rey est une sorte de dernière carte dans les mains de Berne. Du Proche-Orient, où la Suisse continue d’être active, à la représentation des intérêts américains à Cuba et en Iran, la Confédération joue un rôle diplomatique que d’autres conseillers fédéraux, de passage en Amérique, ont certes mis en avant mais qu’il s’agit aujourd’hui de répéter devant des oreilles plus avisées. Avec un peu de chance, Hillary Clinton n’aura pas eu le temps d’ici là de lire les troublantes confessions de Jeffrey Chernick…

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