Peut-on se fier au Conseil fédéral? Pour irrévérencieuse qu'elle puisse paraître, cette question s'impose. On se souvient des promesses gouvernementales concernant les accords bilatéraux. Planifiée au 1er janvier 2001, leur entrée en vigueur ne pouvait pas dépasser le milieu de l'année. Finalement, la réalité l'a emporté sur les pronostics: Pascal Couchepin a reconnu mardi dans la Neue Zürcher Zeitung qu'il faudrait attendre encore jusqu'au début de 2002.

Aujourd'hui, alors que la campagne sur l'initiative «Oui à l'Europe!» entre dans la dernière ligne droite, les capacités du gouvernement à lire l'avenir sont à nouveau mises à contribution. Le même ministre affirme en effet que, si l'initiative était acceptée le 4 mars, il suffirait de trois petites années pour achever toutes les démarches et porter le traité d'adhésion devant le souverain. Pourquoi insiste-t-il tant sur la rapidité de ce processus? Pour redire que les initiants sont des euroturbos qui foncent droit dans le mur. En effet, à ses yeux, ce laps de temps ne suffira pas à faire évoluer les esprits, de sorte qu'un échec en votation est programmé. L'argument de Pascal Couchepin n'est pas convaincant et il ne devrait pas induire en erreur les électeurs. Il s'agit à l'évidence d'un argument politique qui, comme pour les bilatérales, sera contredit par les faits.

Le 4 mars, les Suisses voteront sur un texte qui vise modestement à faire entrer la Suisse dans l'UE au cours du dernier quart de cette décennie. Le chemin qui y mène passe inévitablement par une votation populaire, laquelle comporte un risque politique évident. Affirmer, comme le fait Pascal Couchepin, qu'il est dangereux d'engager la bataille pour la seule raison qu'on risque de la perdre n'est ni courageux ni très ambitieux. Qu'on se le dise: l'initiative «Oui à l'Europe!» est la dernière chance de la Suisse d'adhérer à l'UE avant 2010. En cas de refus, même ce timide objectif sera définitivement radié de l'agenda politique helvétique.

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