Il est minuit, Docteur Cassis. L’ancien médecin cantonal tessinois a devant lui sa dernière chance de redorer son blason passablement terni. Dès le 1er janvier, il sera président de la Confédération. Une opportunité inouïe pour le moins populaire des conseillers fédéraux. Un immense risque aussi.

Cependant, une présidence bien gérée peut relancer la carrière d’un ministre, changer son image. Guy Parmelin en est l’exemple parfait. Raillé pour son côté bonhomme, quasi inconnu en Suisse alémanique, il a incontestablement pris de l’ampleur cette année. Le Vaudois a su être présent dans les moments clés de la crise covid. Rassembleur, il a rassuré et pris clairement ses distances avec l’UDC, son parti. Chanceux, le ministre de l’Economie a aussi bénéficié d’un sacré cadeau diplomatique: la rencontre entre Joe Biden et Vladimir Poutine à Genève. Il a su être un hôte à la fois présent et modeste.

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L’exemple à suivre du grand frère

Pour réussir, Ignazio Cassis doit suivre cet exemple comme on s’inspirerait d’un grand frère rassurant. Le ministre des Affaires étrangères ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Une fois élu, devant l’Assemblée fédérale, il a dit avoir une première pensée pour Guy Parmelin et lui a adressé un grand merci. Première tâche pour le PLR tessinois: soigner les relations avec ses collègues du gouvernement, regagner leur confiance, car il est très isolé au sein du collège. Le parlement l’a également mis sous pression: 156 voix, c’est le plus mauvais score obtenu depuis 2012. Là aussi, il a donné l’impression d’avoir compris le message en tenant un discours rassembleur: «La pandémie ne nous divisera pas», a-t-il lancé à la tribune.

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Pour renouer avec la confiance de l’exécutif, du législatif, mais aussi de la population, Ignazio Cassis doit cesser d’avoir peur de son ombre, affirmer ses convictions, cesser de tergiverser et éviter les gaffes. C’est le moment ou jamais d’enfiler le costume de ministre, lui qui était un parlementaire influent et un chef de groupe apprécié.

Le Tessinois est bien sûr très attendu sur l’Europe. Avec des solutions concrètes et une véritable volonté de renouer le dialogue avec Bruxelles. Là encore, le Docteur Cassis ne doit plus attendre, mais cela sera d’autant plus difficile qu’il incarnera seul ce dossier. Il n’aura plus Guy Parmelin à ses côtés.

Autre embûche à éviter: se focaliser sur les échéances de 2023. La gauche ne cesse de le mettre sous pression. Mais il ne doit pas tomber dans le piège et être paralysé par sa réélection, sinon son année présidentielle va se solder par un cuisant échec.