Prenons le verre à moitié plein. A une semaine d’une élection présidentielle qui se déroule dans un contexte aussi chaotique qu’extraordinaire, les voyants sont au vert pour Joe Biden. Le démocrate est en tête dans les sondages nationaux, il est donné vainqueur dans la plupart des Etats pivots, pourrait même remporter le Texas, Etat jusqu’ici marqué au fer rouge, et son trésor de guerre est plus important que celui du président sortant.

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Donald Trump, qui a créé la surprise en 2016, traîne, lui, toujours plus de casseroles: une gestion catastrophique de la pandémie, des liaisons dangereuses avec des puissances accusées d’ingérence dans le processus électoral, des manigances fiscales dévoilées au grand jour. Il tablait sur de bons résultats économiques, mais le covid, avec déjà plus de 225 000 morts et des millions d’emplois perdus, a terrassé ses espoirs. L’Amérique peut enfin espérer voir un président autocrate, «égomaniaque», à la rhétorique incendiaire et mensongère, dénué de toute empathie et qui continue de nier la dangerosité du virus, quitter la Maison-Blanche. Et tourner la page de quatre années marquées par de profondes divisions.

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Mais il y a aussi le verre à moitié vide. En fin de campagne, Donald Trump, toujours prompt à dénoncer des «élections truquées», se démène comme un diable. Déterminé à faire mentir les sondages, il enchaîne les meetings, ratisse l’Amérique, pendant que Joe Biden, discret, prudent, presque absent, s’appuie surtout sur sa colistière, Kamala Harris, et l’ancien président Barack Obama. Donald Trump électrise les foules; Joe Biden manque de charisme et suscite peu d’enthousiasme. Le démocrate apparaît comme le candidat par défaut, qui représente avant tout un choix anti-Trump et attend que le président s’autodétruise en laissant les faits parler d’eux-mêmes.

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Personne n’a par ailleurs oublié le psychodrame de 2016 et la défaite d’Hillary Clinton, alors même qu’elle avait remporté le vote populaire. Donald Trump pourrait ainsi encore gagner, grâce à ses soutiens silencieux, terrés dans l’ombre. Ou en parvenant à mobiliser ceux qui d’habitude ne se rendent pas aux urnes.

Les jeux sont donc loin d’être faits. Des surprises de dernière minute ne sont pas à exclure. Joe Biden n’est pas à l’abri de faux pas. Une seule certitude à ce stade: ces élections 2020 devraient battre des records de participation. Plus de 60 millions d’électeurs ont déjà voté (en 2016, ils étaient 138 millions au total). L’enjeu est des plus importants. Les Américains votent ni plus ni moins que sur l’avenir démocratique de leur pays.