Un fil d’actualité «sur mesure» en lieu et place du traditionnel fil de publications chronologique: la mise à jour d’Instagram a déclenché une vague de protestations sur les réseaux. Annoncé mi-mars, le nouveau modèle, régi par un algorithme et testé depuis lundi aux Etats-Unis, devrait arriver en Europe prochainement. Concrètement, il chamboule les habitudes des quelque 400 millions d’utilisateurs de l’application mobile de partage de photos. Jusqu’ici, les posts apparaissaient dans un ordre chronologique, ils seront désormais filtrés de manière personnalisée.

«Inutile de changer un système qui fonctionne», fustige la mannequin Kendall Jenner sur Twitter, tandis que la fronde s’organise autour des hashtags #keepitchronological (gardez l’ordre chronologique), #savethetimeline (sauvez la timeline) ou encore #stoptheupdate (arrêtez la mise à jour). Face aux critiques, Instagram se dit «à l’écoute» et tente de rassurer sa communauté en repoussant les échéances.

Déjà appliqué par Facebook, le fil de publications ciblé est élaboré par un algorithme en fonction des intérêts et des recherches effectués par l’usager. L’avantage? «Voir les moments qui vous tiennent à cœur en priorité», clame Instagram qui part du constat que les «personnes manquent près de 70% des contenus publiés». Avec plus de 60 millions de clichés partagés quotidiennement, tout suivre semble effectivement compliqué. «Tous les posts resteront disponibles, mais dans un ordre différent», temporise encore la firme, inondés de messages alarmés sur Twitter.

L’argument peine toutefois à convaincre les utilisateurs, soucieux de garder un contrôle sur leur feed et qui, par-dessus tout, se méfient de l’algorithme. «Comment un ordinateur peut-il savoir ce que j’ai vraiment envie de consulter?», questionne un jeune homme pour qui le choix deviendra forcément aléatoire. «Avec un flux formaté, on perd l’effet de surprise», déplore une fanatique de l’application, jointe par téléphone. «#Instagram, le début de la fin», tweete une internaute qui refuse de se voir imposer les contenus «les plus populaires».

Pour conserver une part de l’ancien système, il faudra désormais s’abonner individuellement aux publications de ses comptes préférés. Fastidieux et intrusif, aux yeux des instagrammeurs, puisqu’une notification apparaîtra à chaque nouveau post. Les blogueurs et youtubeurs craignent ainsi de perdre leur communauté d’abonnés et, partant, leur source de revenus.

Inquiétude des start-up

Du côté des start-up qui utilisent Instagram comme support marketing, c’est avant tout la perte de visibilité qui inquiète. «Avec mes 350-400 followers, mes posts risquent de passer à la trappe», déplore Teresa, jeune designer qui craint d’être «reléguée en bout de liste». Prises de panique, les grandes marques ont d’ores et déjà invité leurs followers à activer les publications pour être sûr de ne rien manquer. Face à la grogne, certains relativisent. «Entre nous, si vous manquez une énième photo de mes chaussures ou d’une vodka-tonic dans un bar mal éclairé de Pigalle, ce n’est pas grand-chose de perdu», ironise la blogueuse française Miss Pandora.

Une réticence au changement qui interpelle

Au-delà du cas Instagram, une telle réticence au changement interpelle dans un univers numérique qui, paradoxalement, évolue en permanence. Elle démontre que même noyé sous une masse d’informations, l’utilisateur ne veut rien rater. Mais surtout, il ne veut pas qu’on décide à sa place.