Pierre-Yves Maillard n’a plus beaucoup d’amis, à Berne. La droite l’y déteste depuis vingt ans, bien que le bruyant parlementaire soit devenu un brillant magistrat local. Douze ans passés à diriger la santé vaudoise n’ont pas effacé son image bernoise. Le fiasco de sa candidature au Conseil fédéral l’a cruellement souligné: la droite a gardé le souvenir d’un militant dogmatique, voire borné. Contrairement à ce qu’on a pu lire après son échec, il n’a pas perdu car Berne l’avait oublié. Il a perdu car Berne se souvenait parfaitement de lui.

Et donc, la popularité fédérale de PYM ne s’arrange pas. La primaire socialiste vaudoise lui a fait perdre des amis de son bord, cette fois. Après la droite, il épuise aussi la gauche. Dans les couloirs du Palais, des camarades vaudois se plaignent ouvertement de lui depuis des semaines. Ils n’en peuvent plus de ce leader autoritaire, voire borné (bis). Comme me le résumait ce collègue socialiste, «si vous n’êtes pas d’accord avec PYM, c’est que vous n’avez pas compris le sujet». Certes, il a toujours été comme ça. Il y a vingt-cinq ans déjà, il me traitait de fasciste dans son bureau de l’Université de Lausanne. Mais ça ne s’arrange pas avec l’âge. Au contraire. En général, le plus on vieillit au pouvoir, le moins on supporte la contestation.

La contestation, c’est précisément ce qu’incarne la candidate socialiste au Conseil d’Etat vaudois. PYM ne voulait pas d’une forte tête dans son gouvernement. Il a donc tenté d’écarter la talentueuse parlementaire, professeure de droit, en dénonçant l’excès d’universitaires en politique. Il se fit l’avocat du peuple contre les élites. Sans donner de noms, il tenta d’écarter l’idée même qu’un parlementaire expérimenté puisse intégrer son équipe, et lui tenir tête. En vain. Il entonna pendant des semaines le refrain «moins d’élites, plus de peuple». Comme Trump, Blocher ou Köppel. Un club populiste antiparlementaire, anti-élites, et antimédias (qui disent n’importe quoi, car ils ne comprennent pas le sujet, eux non plus).

Après la droite, PYM s’est donc aliéné la gauche parlementaire. S’il rêve toujours de Conseil fédéral, il devra créer son propre parti. Et son propre journal. Mais il n’a pas tout perdu. Quelques élus le comprennent encore: Köppel, et ses amis. Il reste donc une solution pour la carrière fédérale de PYM. Une porte de sortie. Au fond du couloir à droite. Un peu trop à droite, peut-être. Mais une porte quand même.