Serait-ce le commencement de la fin de cette pandémie? Au gré des annonces cette semaine de plusieurs cantons visant à ouvrir la vaccination aux personnes jeunes, il y a de quoi l’espérer. Comme dans un nombre croissant de pays riches, cette spectaculaire accélération promet le retour à un semblant de vie normale. De Londres à Genève, un café en terrasse, ce petit rien du quotidien, fait office de bol d’air.

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Pendant ce temps, de Delhi à Lima, c’est de l’oxygène que l’on achète au marché noir pour secourir une mère, un père ou un conjoint. La progression fulgurante des contaminations dans ces régions rappelle que la pandémie est loin d’être terminée. Et si les scènes déchirantes venues d’Inde ou d’Amérique latine nous émeuvent, elles devraient aussi nous inquiéter.

A court terme, elles soulignent un risque sanitaire qui nous concerne. L’accélération de la propagation du virus va de pair avec l’émergence de nouveaux variants parfois plus contagieux. S’ils semblent pour l’heure incapables de résister aux vaccins, rien ne garantit qu’il en soit toujours ainsi. Même dans notre monde aujourd’hui claquemuré, un tel scénario représente un danger commun. Alors qu’une personne sur quatre a reçu une dose dans les pays riches contre une sur 500 dans les pays pauvres, l’accès aux vaccins et la question des brevets pharmaceutiques restent déterminants.

A moyen terme, la poursuite de la pandémie recèle un péril politique. Si des nations intermédiaires comme l’Inde et le Brésil, dotées d’importantes capacités scientifiques et industrielles, se trouvent aussi désemparées, qu’adviendra-t-il d’autres Etats plus fragiles? Certains indices montrent qu’effondrement des systèmes sanitaires, crise économique et troubles sociaux génèrent notamment de nouveaux flux migratoires, comme ces réfugiés vénézuéliens quittant la Colombie pour rentrer dans un pays pourtant ruiné.

A long terme, le danger psychologique d’une segmentation accrue du globe ne doit pas non plus être sous-estimé. A l’abri de nos bulles entre pays développés, notre représentation du monde se modifiera, nous faisant encourir le risque de perdre de vue les défis communs. Qui, sur une planète ségréguée par le virus, ressentira encore la nécessité d’empoigner ensemble le défi collectif majeur du changement climatique? Autant de questions rabat-joie, à l’heure où le seul obstacle pour lire son journal avec un café en terrasse tient désormais à la pluviométrie.