Commentaire

Désarmement: l'urgence d'une mobilisation tous azimuts

Pour le secrétaire général de l'ONU, l'heure est à l'action face au danger de conflagration majeure. La sécurité collective est menacée de mort. Antonio Guterres en appelle aux Etats, mais aussi et surtout à la société civile et aux jeunes générations

En s’adressant aux étudiants de l’Université de Genève pour dévoiler son agenda pour le désarmement de la planète, le secrétaire général des Nations unies a voulu provoquer une prise de conscience. Et surtout tirer la sonnette d’alarme au moment même où Donald Trump annulait son sommet avec Kim Jong-un censé résoudre le casse-tête nucléaire nord-coréen. Son plaidoyer ne pouvait de fait pas mieux tomber.

Pour Antonio Guterres, si le monde a eu peur d’un cataclysme nucléaire durant la guerre froide, il a des raisons d’être beaucoup plus inquiet encore aujourd’hui. Le monde n’a jamais été aussi dangereux. Les mouvements tectoniques qui modifient les équilibres entre puissances y sont pour beaucoup. Mais le nationalisme et l’égoïsme des Etats contribuent aussi substantiellement à la détérioration sécuritaire.

Lire aussi: Le plaidoyer d’Antonio Guterres pour le désarmement

La sécurité collective, mission première de l’ONU, a certes été défaillante, mais elle est aujourd’hui en danger de mort, remplacée par un unilatéralisme d’autant plus dangereux que d’autres acteurs, non étatiques, contribuent à leur manière à la déstabilisation de la scène internationale. La guerre froide a eu ses moments chauds, mais la situation actuelle est plus délétère encore, car elle implique plus d’acteurs, plus d’irrationnel et surtout moins de mécanismes de négociation et de prévention d’un conflit majeur.

Par ailleurs, les normes relatives aux armes chimiques voire bactériologiques sont de moins en moins respectées. La modernisation des arsenaux nucléaires et le développement de missiles de croisière ultraperformants sont autant de risques de dérapage. Sans garde-fou, les nouvelles armes dopées par la technologie et l’intelligence artificielle pourraient échapper à tout contrôle. S’inspirant de son prédécesseur Dag Hammarskjöld, qui déclarait qu’en termes de désarmement, «si on n’avance pas, on recule», le patron de l’ONU a saisi l’urgence du moment qui nécessite une mobilisation non pas seulement des Etats ou de l’ONU, mais aussi de la société civile et de chaque individu auxquels il semble dire: «Indignez-vous!»

Publicité