éditorial

Désinformation et fragilité des démocraties

La guerre de l’information est au cœur de la doctrine militaire russe. Les démocraties sont mal préparées à la riposte

Cette bataille-là n’a rien de virtuel. Amplifié par les réseaux sociaux et la blogosphère, un flot de désinformation envahit l’espace médiatique européen, menaçant de plus en plus le débat démocratique. Manipulation des faits, théories du complot, diffusion de mensonges créent la confusion, brouillent la réflexion, fragilisent le travail journalistique et, en définitive, sapent la confiance des citoyens dans leurs institutions.

Cette propagande – ou guerre psychologique –, mettent en garde des responsables européens de la sécurité, est en partie pilotée par le Kremlin à travers deux vecteurs principaux, Russia Today et Sputnik. Son but? Affaiblir l’UE et l’OTAN en divisant leurs membres afin de mieux faire valoir les intérêts de la Russie. Moscou peut compter dans ce combat sur de précieux relais en Europe: les forces nationalistes et conservatrices. Leur combat est «civilisationnel». C’est surtout un choc de valeurs politiques, donc idéologique.

Les partisans de Moscou ont beau jeu de faire valoir une lutte entre deux propagandes ou une simple réplique relevant du «soft power», un domaine où l’on croyait l’Occident tout-puissant. C’est pourtant bien une stratégie militaire qui est à l’œuvre, celle de la guerre hybride, mélange d’opération de terrain, de piratage informatique et de désinformation.

Ce combat, les démocraties sont mal préparées pour l’affronter. S’il est temps de prendre conscience du danger, il faut en effet bien reconnaître que la Russie ne fait que profiter d’un état de faiblesse dont les Européens sont les premiers responsables.

Ainsi, l’UE souffre davantage du double jeu des Etats qui la composent que d’une menace extérieure. On ne peut impunément faire de Bruxelles un bouc émissaire de ses propres échecs économiques durant des années sans féconder la graine eurosceptique.

Le constat vaut aussi pour l’information. Le travail des médias traditionnels a été considérablement fragilisé par l’effondrement de leur modèle économique et l’avènement des réseaux sociaux, devenus premier vecteur de circulation de l’information, vérifiée ou non. Moscou attise certes les rumeurs qui déstabilisent les démocraties. Mais la grande confusion – entre faits et mensonges, entre journalisme et divertissement, entre nombre de clics et qualité des sources – qui gangrène les médias et le débat politique n’a pas attendu l’immixtion russe pour s’installer.


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