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Manifestation devant le siège de la Commission européenne à Bruxelles, le 19 juillet dernier.
© THIERRY CHARLIER

Sciences

La désinformation selon Monsanto

Dans un second volet des «Monsanto Papers», «Le Monde» révèle comment la firme américaine manipule des scientifiques et des agences de réglementation pour éviter que le glyphosate soit classé «cancérogène probable». Les réseaux s’indignent

Les «Monsanto Papers» refont surface. Dans une enquête publiée depuis mardi, Le Monde révèle la vaste opération de désinformation menée par le géant de l’agrochimie Monsanto pour contester la toxicité du glyphosate. La firme américaine serait coutumière du ghostwriting, autrement dit de l’écriture fantôme: elle aurait rémunéré des scientifiques pour signer des articles coécrits par ses employés. Une pratique considérée comme une «forme grave de fraude scientifique». La multinationale manipulerait aussi les organes de réglementation.

Les «Monsanto Papers» contiennent plusieurs milliers de documents internes (contrats confidentiels, courriels ou encore mémos stratégiques) rendus publics suite à une série de procédures judiciaires menées aux Etats-Unis. Le quotidien français en avait déjà révélé un premier volet en juin dernier.

«Cancérogène probable»

Commercialisé depuis 1974, notamment sous le nom de Roundup, l’herbicide glyphosate a fait le succès du géant américain, dont le siège pour l’Europe et le Moyen-Orient est situé à Morges. Il est aussi devenu la cible des milieux environnementaux, qui tentent d’obtenir son interdiction, et fait l’objet de nombreuses controverses scientifiques. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) des Nations unies le considère comme un «cancérogène probable» pour l’homme depuis mars 2015. Ce qui n’est pas le cas d’organes de recommandation tels que l’Agence de protection de l’environnement américaine ou l’Autorité européenne de sécurité des aliments. Et pour cause: pour rendre leurs conclusions, elles se sont largement fondées sur des données confidentielles fournies par Monsanto, contrairement au CIRC. Elles ont également tenu compte d’«études secrètes – et parfois suspectes – de l’industrie», tout en en écartant d’autres sans raison.

«Ghostwriting» dans la presse

Dans cette guerre de la désinformation, la tactique de Monsanto pour allumer des «contre-feux» est édifiante. Il y a d’abord le cas récent du biologiste américain Henry Miller. Membre de la Hoover Institution, liée à l’Université Stanford dans la Silicon Valley, le scientifique signait régulièrement des tribunes en faveur des OGM dans le Wall Street Journal, le New York Times ou encore Forbes. En août dernier, ces journaux ont rompu leur collaboration. Pourquoi? «Ils se sont aperçus que certains écrits de Henry Miller étaient en réalité concoctés par une équipe dédiée chez Monsanto», détaille Le Monde, qui précise que le scientifique et la compagnie collaboraient, semble-t-il, depuis février 2015.

Lire aussi: Le désherbant Roundup classé cancérogène

Réponse de Monsanto: «Des scientifiques de Monsanto ont simplement fourni la version de travail initiale, que Henry Miller a éditée et postée. Les points de vue et les opinions exprimées dans cette tribune sont les siens.» La firme nie tout ghostwriting et évoque quelques mots extraits d’un unique courriel «sorti de son contexte».

Articles scientifiques téléguidés

Selon Le Monde, la pratique touche aussi la presse scientifique. Donna Farmer, l’une des toxicologues en chef de la firme, y a participé. En novembre 2010, elle envoie par courriel les «46 premières pages» d’un manuscrit à un correspondant, puis son nom est supprimé. L’article paraît ensuite dans le Journal of Toxicology and Environmental Health, Part B, et conclut à l’absence de risques du glyphosate pour le développement du fœtus et la reproduction. La rémunération pour ce genre de services atteint jusqu’à 20 000 dollars.

Indignation sur Twitter

Sur les réseaux, les révélations du Monde suscitent une vague d’indignation. «Quand est-ce que @MonsantoCo va finir par passer devant la @IntlCrimCourt?» questionne @achaigneau. «Ce n’est que la partie visible de l’iceberg! Mais il faut croire que tout s’achète avec l’argent y compris la vie des gens», dénonce @Rakidhassan.

Lire aussi: Condamnation de Monsanto: tribunal fictif, légitimité citoyenne?

Alors que le monde scientifique est égratigné, @carmen_etche souligne: «Se reposer sur la science? Oui… mais il faut pouvoir lui faire confiance! #MonsantoPapers #LoinDesPesticides.» Depuis l’épisode Tchernobyl, et ses «nuages qui s’arrêtent aux frontières», @Carpentier62J, lui, s’en méfie.

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