La voilà donc, cette Suisse colorée, joyeuse et optimiste! En plein cœur de l'été et des vacances, ce week-end aura été celui de toutes les fêtes. Genève, Zurich, Saignelégier, Thoune, Locarno ou La Chaux-de-Fonds, ainsi que de nombreuses autres villes et villages, ont connu une explosion exceptionnelle de festivités, qui, toutes ou presque, ont été couronnées de succès. Si l'on fait la somme des chiffres d'affluence annoncés par les organisateurs de ces innombrables rendez-vous, force est de constater que la Suisse a connu ces deux derniers jours une poussée d'exubérance proportionnellement comparable à celle de la France après la victoire de son équipe en finale du Mondial.

Une semaine après le rituel 1er Août, que la célébration du 150e anniversaire de la Confédération moderne n'est pas parvenue à arracher à la morosité, ce flamboyant bouquet de manifestations rappelle heureusement que les Suisses et leurs hôtes n'ont pas perdu le goût des grands rassemblements, où se mêlent et se confondent toutes les catégories et toutes les origines.

Depuis longtemps, la densité des festivals et des rendez-vous culturels estivaux fait de ce petit pays un cas particulier en Europe. L'inventivité et l'engagement dont font preuve tous ceux qui s'échinent à mettre sur pied leur propre festival de théâtre ou de rock, et cela parfois à quelques kilomètres seulement de la manifestation voisine, inspire l'étonnement admiratif de nos visiteurs. Mais si cette tradition de créativité (accompagnée d'une bonne dose de goût du risque) ne s'est pas démentie, cette année nous a offert en outre un autre motif de satisfaction: la réussite de grands événements populaires, qui attirent le public de très loin à la ronde. Cinq cent mille personnes à Zurich, davantage encore à Genève, ces chiffres démontrent que lorsqu'elles s'en donnent les moyens, les villes suisses séduisent à la fois le public régional et une foule d'amateurs étrangers venus spécialement pour l'occasion.

Le succès est particulièrement significatif à Genève où les fêtes du mois d'août ont longtemps été tenues pour perdues. Le temps radieux de ce week-end, le concours de feux d'artifices et la diversification des attractions ont certes contribué à la réussite. Mais c'est sans nul doute l'ouverture aux plus jeunes qui explique la véritable résurrection des Fêtes. Au cœur des festivités, la parade a avantageusement remplacé le corso fleuri. Comme à Zurich, l'engouement pour la musique, les déguisements et la danse a permis de ramener le public à la fête et, ce qui n'est pas moins important, de rendre pour un jour ou une nuit la ville aux jeunes.

Ces expériences prometteuses comforteront les promoteurs de Suisse Tourisme qui fondent toute leur stratégie sur l'image d'un pays qui aime la fête et la culture au moins autant que le travail. Mais le bénéfice n'est pas que touristique. La fête retrouve aussi son rôle moteur et intégrateur. Elle rassemble, mélange les énergies, apporte un souffle d'optimisme. Elle avive le plaisir des retrouvailles et le goût des grands événements. Le récent exemple français a montré combien le désir de fête pouvait être bon pour le moral.

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