La guerre tarifaire entre Washington et Pékin connaît une escalade qui menace la stabilité du commerce mondial. Si elle devait faire boule de neige, l’onde de choc protectionniste pourrait mettre fin à une longue période de globalisation économique avec des conséquences incalculables. On n’en est pas là. Mais c’est bien un rapport de force sans précédent qui s’est engagé entre la première puissance du monde «développé» d’un côté, et la première économie du monde «en voie de développement» de l’autre. Son enjeu? La gouvernance économique mondiale.

Un pays riche et pauvre

Avec Trump ou sans Trump, les Etats-Unis et une majorité des pays «occidentaux» sont de plus en plus mal à l’aise avec la montée en puissance de la Chine. Ne joue-t-elle pas sur deux tableaux? C’est le problème du géant chinois, qui apparaît à la fois riche et pauvre. Riche en termes macroéconomiques et pauvre si l’on regarde son PIB par habitant.

Or, à l’OMC, dans les instances internationales, Pékin joue de son statut de pays émergent bénéficiant de clauses de protection de son marché, alors que son poids économique place la Chine en position de dicter les règles futures du commerce. Ce n’est pas «équitable», estime Washington. Les règles du jeu doivent être les mêmes pour tous.

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Ce constat est largement partagé par les Européens et les Japonais. Reste à savoir comment amener la Chine, le pays qui a le plus bénéficié de la globalisation, à accepter d’ouvrir davantage son marché. Donald Trump a choisi de manière unilatérale l’arme de la guerre tarifaire au nom de la lutte contre les déséquilibres commerciaux. C’est un choix absurde et dangereux. Absurde car cette arme ne rééquilibrera rien du tout dans une chaîne de production désormais globalisée. Dangereuse car elle alimente le nationalisme.

Espoir d’un accord

Mais n’est-ce pas le seul langage que comprend Pékin? Le gouvernement chinois affirme vouloir riposter aux assauts américains en rendant coup pour coup. Il s’estime en position de force pour résister. Xi Jinping ne peut en effet se permettre de paraître faible aux yeux de ses soutiens au sein du Parti communiste.

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La réalité est que l’économie chinoise souffre et que Pékin doit accélérer ses réformes – ou plus exactement réaliser ce qui est promis depuis trop longtemps sans être suivi d’effet. A ce stade de la confrontation, l’espoir demeure qu’un accord sera trouvé entre Washington et Pékin après les élections de mi-mandat aux Etats-Unis. C’est le pari que font les marchés. Un pari dont dépend notre avenir.

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