La vie à 25 ans

Le deuil ou l’impuissance des mots

Comment aider un proche qui souffre? A 25 ans, on se sent parfois bien en peine de trouver les bons mots. Mais finalement, peu importe l’expérience, souligne notre chroniqueuse. Ce qui compte, c’est d’agir avec ses tripes

La logique est bêtement mathématique: à 25 ans, on a moins vécu que ses parents et donc connu, proportionnellement, moins de levers de soleil, de nuits de sommeil, d’euphories… et moins de deuils, aussi.

Or la mort, c’est un peu comme le mal de dos ou la tisane au fenouil: c’est épouvantable, mais il semble qu’on l’apprivoise, avec le temps. Il n’y a qu’à voir ma grand-mère quand elle parcourt la rubrique nécrologique, guettant un nom familier: au vu de son air impassible, elle pourrait tout aussi bien remplir une grille de mots fléchés. Indignez-vous et on vous répondra qu’«à votre âge, vous ne pouvez pas comprendre».

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Très juste. En jeune adulte naïve, je ne me suis pas encore résignée à la mort. En fait, l’idée d’une fin définitive me rend plutôt fébrile. Il arrive pourtant que le drame n’attende pas le délai raisonnable pour frapper à la porte, ou à celle d’un proche. Ça m’est arrivé récemment.

Mille tristesses

Dans ces moments, on aimerait avoir quarante ans de plus et la sagesse qui va avec – sans les rhumatismes. Parce qu’on est démuni face au deuil de l’autre: que faire quand on n’a soi-même jamais perdu d’être cher? Et surtout, que dire? La langue, avec laquelle on jongle d’habitude, semble vide. Aucun mot ne réussit à traduire l’immensité de la peine, l’absurdité de la perte. «Mes condoléances»? Impersonnel. «J’imagine ce que tu ressens»? Faux. «Restent les souvenirs»? Tu parles d’un couteau dans la plaie.

Pour prévenir toute maladresse, on serait même tenté d’éviter la personne en souffrance. Mais, comme le souligne Vivre le deuil de la collection Pour les nuls – oui, ce livre existe et je l’ai commandé –, n’importe quel lien vaut mieux que le silence.

Reste qu’il n’y a aucun guide, aucune check-list. Alors, on parle avec ses tripes. Pour l’un, c’est rédiger une longue lettre manuscrite. Pour l’autre, envoyer une chanson qui fait du bien. De mon côté, j’essaie d’écouter avec patience et sans a priori. Car si j’ai appris quelque chose, c’est qu’il y a mille manières de vivre sa tristesse. Et comme le dit Patrick Verspieren dans l’essai Face à celui qui meurt, accompagner celui qui pleure, c’est avant tout «marcher à ses côtés, en le laissant libre de choisir son chemin et le rythme de son pas».

Finalement, pas sûr qu’on s’habitue à la mort en vieillissant. Peut-être qu’on accepte simplement notre impuissance face à cette tornade qui nous ébranlera tous, mais différemment.

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