L’arrogance d’Albion peut irriter. Malgré les ponts d’or que Bruxelles a lancé par-dessus la Manche en faisant maintes concessions au Royaume-Uni pour le maintenir au sein de l’Union européenne (UE), les Britanniques s’entêtent à conspuer l’Europe continentale.

A une semaine du vote décisif, jeudi 23 juin, et contre toute attente, le camp du leave (quitter l’UE) est donné gagnant par plusieurs sondages d’opinion successifs. Ses partisans sont les plus véhéments, ils ont les tabloïds racoleurs pour eux, jouent avec les contre-vérités et les peurs que suscite l’immigration. Le meurtre, jeudi, de Joe Cox, une députée travailliste favorable à l’UE, montre cependant combien la campagne a dérapé et déserté les territoires de la raison. Même les arguments sur les répercussions économiques et politiques du Brexit sont balayés par les démagogues qui plébiscitent le divorce.

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De leur côté, les partisans du maintien du Royaume-Uni dans l’UE, le camp du remain, font campagne à contrecœur. S’ils devaient gagner, ce serait à une courte majorité. A tel point que la question reviendra comme un serpent de mer à la manière de l’indépendance de l’Ecosse: le «neverendum». Et, assurément, la menace d’un nouveau référendum sera agitée par Londres à chaque négociation avec Bruxelles.

Vaut-il mieux dès lors accompagner les Britanniques vers la sortie? Dans l’espoir que l’Europe puisse être plus forte, voire se réformer sans un faux ami en son sein. D’aucuns rêvent même que l’affaiblissement de la place financière londonienne et l’isolement du pays puissent profiter au continent. La Suisse y trouverait-elle aussi son compte? Des chimères! Le Royaume-Uni n’est pas une petite nation dont l’Europe peut se passer. Sans lui, le projet européen perd de son sens, l’Europe s’affaiblit. En plus, cette séparation constituerait un précédent, peut-être un premier pas vers un démantèlement.

La Grande-Bretagne est une maîtresse exigeante, mauvaise coucheuse et traîtresse, mais avec elle et grâce à elle, l’UE peut prétendre rivaliser avec les Etats-Unis, concurrencer l’Asie et exister. A contrario, sans elle, l’Europe deviendrait provinciale. Il ne s’agit pas de parts de marchés mises en commun, ni de PIB cumulés, mais de divergences fertiles.

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