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La Noce, représentation nocturne de la  Fête des Vignerons de 1977.
© Confreriedesvignerons.ch

Revue de presse

Deux cents ans de Fêtes des Vignerons dans les archives du «Temps»

Plongée historique dans la «Gazette de Lausanne» à l’occasion de l’entrée de la manifestation veveysanne au Patrimoine immatériel mondial de l’Unesco

La Fête des Vignerons de Vevey a donc obtenu jeudi son inscription sur la liste du patrimoine immatériel mondial, a annoncé l’Unesco. L’événement vaudois est le premier d’une série de huit traditions vivantes suisses qui aspirent à trouver leur place sur cette liste. Cette candidature a été distinguée pour la valorisation des liens entre la tradition et le vignoble de Lavaux, lui-même inscrit en 2007 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, précise l’Office fédéral de la culture (OFC) dans un communiqué.

Lire aussi: La Fête des Vignerons de Vevey entre au patrimoine mondial de l’Unesco

Il faut dire qu’avec près de 220 ans d’histoire – la première Fête eut lieu le 9 août 1797! – on est largement autorisé à parler de tradition patrimoniale! On en retrouve les traces séculaires dans les archives numérisées du «Temps», surtout dans la «Gazette de Lausanne» (GdL), dont le premier numéro fut publié quelque six mois après, le 1er février 1798.

La page «L’histoire d’une fête unique au monde» de la Confrérie des Vignerons retrace toute l’épopée de la manifestation veveysanne. Nous y puisons aussi quelques informations importantes pour accompagner le panorama historique qui suit. «Les années troublées qui suivirent la révolution vaudoise» ne permirent pas d’envisager la mise sur pied rapide d’une deuxième édition. Mais «après vingt-deux ans enfin, en 1819, le moment était venu de faire découvrir aux jeunes générations ce qu’était la Fête des Vignerons.»


1819: bon pour la morale et pour le cœur

Elle eut lieu au mois d’août de cette année-là. La «GdL» l’évoque comme «des réunions» qui «seront toujours précieuses à la morale et douces pour le cœur». C’est «un tribut d’estime aux classes laborieuses» qui se passe dans «la mollesse et la suavité». Au final, cela donne «cette espèce d’exaltation d’idées, de sentiments et de vertus que ne produirait pas une autorité plus tranquille». Bigre, quel style pour décrire ces deux matinées dont les places coûtaient alors de 1 à 3 francs!


1833: honneurs aux arts de la paix

Même pas quinze ans plus tard, la 3e Fête se déroule à Vevey les 8 et 9 août 1833. La «Gazette» voit «dans ces séduisantes images le sentiment qu’elles étaient chargées d’exprimer un hommage au travail […] Il fallait y chercher cet esprit d’amélioration et de progrès qu’on remarque avec orgueil dans nos institutions sociales. Il fallait […] reconnaître le bonheur d’un pays où la même main qui défend la patrie honore les arts de la paix.» A cette époque, «le régime libéral» vaudois «se distingue» en effet «par le soin qu’il porte à l’instruction publique, mais se voit bientôt débordé par l’aile la plus avancée du mouvement révolutionnaire, qui fournira ses cadres au jeune mouvement radical, en progression à partir des années 1833-1834», selon le Dictionnaire historique de la Suisse (DHS).


1851: plaisir et jouissances

En août 1851, toujours dans la «GdL», on lit que «bien que le temps ne fût pas entièrement assuré, les danses, les processions et les chants […] ont procuré le même plaisir et les mêmes jouissances à ceux qui étaient restés la veille à Vevey.» La fête «restera dans le souvenir de tous ceux qui ont pu la voir, et le nombre en est grand. Une foule d’étrangers de toutes les nations s’étaient empressés d’y accourir».


1865: la mutation de Bacchus

En 1865, la «Gazette» traduit un article du «Bund», qui voit dans la manifestation «destinée, surtout à son commencement, à récompenser des vignerons actifs et intelligents […] une vraie fête populaire dans laquelle, à la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci, des réminiscences bibliques et païennes» qui s’y «trouvaient naïvement mêlées». Mais cette année-là, le quotidien bernois juge que «Bacchus ne paraît plus comme le dieu de buveurs avinés, il se montre comme initiateur, comme propagateur et protecteur de la culture de la vigne qui, certes, comme puissant levier matériel, a contribué au développement de la civilisation».


1889: l’hymne au Créateur

Cette année-là, pour une des premières fois de l’histoire de la «Gazette», la Fête des Vignerons, parvenue à son terme, trouve place «à la une» du quotidien pour un long bilan qui évoque entre autres le paganisme de la célébration: «Une fraction […] de notre population a blâmé ces réjouissances au nom de la religion.» Mais le journal a «le sentiment» que si ces hommes aux «mots amers […] avaient entendu les hymnes et les actions de grâce qui de la place du Marché de Vevey sont montés au ciel, leurs incompréhensibles préventions se seraient dissipées […]– Ils n’auraient pas résisté […] à l’émotion poignante que procure la vue de tout un peuple glorifiant son Créateur.»


1905: les hommes ET les femmes

La Fête dure désormais cinq jours, elle prend de l’ampleur. Mais c’est surtout la partition musicale de Gustave Doret, moderne et plus ouverte aux voix féminines, qui fait débat dans la «GdL»: «L’innovation qui consistait à remplacer deux des prêtres par des prêtresses et la basse traditionnelle du grand-prêtre de Bacchus par un ténor est plus discutable. M. Doret a surtout eu en vue, nous semble-t-il, d’obtenir de plus grands effets de sonorité, un puissant chœur mixte étant plus facilement dominé par des voix aiguës que par des voix graves. Mais le timbre des voix d’hommes donnait aux fêtes antérieures quelque chose de plus sérieux, de plus grave, et il est permis de penser qu’à une fête de ce genre convient mieux le cachet «mâle».»


1927: les joies de l’automobile

Un quart de siècle plus tard, en 1927, on se rend désormais à Vevey aussi en voiture, et la «Gazette» constate que ça se passe très bien: «Non seulement l’automobiliste peut circuler librement partout, avec une absolue sécurité sur toutes les routes qui conduisent à Vevey, mais encore il est reçu de la façon la plus courtoise aux bifurcations des routes par les agents du Corps vaudois de la gendarmerie qui le renseigne avec obligeance sur le plus court chemin à suivre.» Quelle époque!


1955: le jour ET la nuit

L’édition de 1955 est la première dont l’auteur de ces lignes se souvient avoir entendu parler in vivo, de la manière la plus émue qu’on puisse imaginer, dans l’ivresse de l’après-guerre. C’est aussi la première fois que l’on peut assister à des représentations en soirée, ce qu’évoque ici la «GdL»: jeux d’ombre et de lumière… on n’attendra pas de la «Gazette» «la condamnation de la clarté diurne»: «L’éclatant soleil d’août crée bien le «climat» naturel et grisant de la Fête. Cependant, la nuit a pour elle le mystère, les prolongements sans prix de l’ombre dans tous les lieux où le projecteur ne promène pas sa torche incandescente. Et lorsqu’il a affaire à des techniciens désormais rompus aux complexités du métier, le spectateur peut attendre de la longue suite du spectacle des joies rares.»


1977: et La Côte dans tout ça?

En 1977, nous n’y étions pas. Aux yeux d’un adolescent, la Fête des Vignerons, au début de l’ère punk, c’était plutôt ringard… Mais pas pour un vigneron de La Côte vaudoise que rencontre un Genevois quelques jours avant le début des festivités pour le «Journal de Genève» et la «Gazette de Lausanne». A la question du réputé Roger d’Ivernois: «Que représente la Fête des Vignerons, pour vous, vignerons de Tartegnin?», il répond: «Elle revêt mois d’importance que pour nos collègues «du» Lavaux […], ca c’est essentiellement leur fête.» Cependant, ajoute-t-il diplomate, «nous en ressentons une certaine fierté».


1999, et bientôt 2019

Vingt-deux ans plus tard, au seuil du XXIe siècle, «Journal» et «Gazette» sont morts de leur belle mort, fusionnant avec «Le Nouveau Quotidien» pour former «Le Temps» que nous connaissons aujourd’hui. Dès sa naissance en 1998, il a publié une quantité innombrable d’articles sur la Fête des Vignerons de 1999. On retiendra celui-ci, qu’on escorte volontiers d’un autre, prospectif, sur l’édition de 2019:

Vignerons: l’ivresse du premier jour (30.07.1999)

La Fête des Vignerons, de Bacchus à Facebook (30.10.2015)

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