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Le président italien Sergio Mattarella au Palais Quirinal. Rome, 7 mai 2018.
© ETTORE FERRARI

Il était une fois

Les deux crises italiennes

OPINION. La campagne électorale qui s’annonce amplifiera la critique envers Sergio Mattarella, attaquera la légitimité de l’institution présidentielle au profit d’une légitimité populaire sans obstacle, écrit notre chroniqueuse Joëlle Kuntz

L’Italie souffre de deux crises, une crise intérieure, nationale et institutionnelle, et une crise européenne qui recueille et recycle en les amplifiant les scories de la première.

Les élections législatives de mars ont exposé la crise intérieure: une Italie globalement divisée en deux, un Nord de petite richesse entrepreneuriale, régionaliste, qui veut des marchés mais moins d’Etat, c’est-à-dire moins d’impôt; et un Sud dépendant, disqualifié, en attente de modernisation sociale et de réformes, à l’initiative de la société mais à la charge de l’Etat. Traditionnellement, le Sud, où le Mouvement 5 Etoiles est devenu majoritaire, génère les déficits publics tandis que le Nord, bastion de la Ligue, les finance par l’impôt – et par l’épargne: 18% des actifs des banques italiennes sont des obligations du Trésor, les épargnants préférant prêter de l’argent à l’Etat plutôt que payer des impôts. L’endettement italien est domestique.

Politiquement incompatibles, ce Nord et ce Sud s’accordent électoralement pour rejeter le personnel dirigeant en place, accusé entre autres, de laisser l’Italie ouverte à l’immigration.

La crise constitutionnelle

Les deux partis auxquels ils ont donné leurs suffrages, la Ligue et le M5S, ont bricolé un semblant de programme de coalition, présenté au chef de l’Etat un candidat à la tête du gouvernement et une liste de ministres. Le président de la République, Sergio Mattarella, l’a rejetée, refusant de confier les finances à Paolo Savona, eurosceptique de longue date. Il craignait des gestes imprudents ou provocateurs aptes à semer le doute sur la crédibilité économique de l’Italie. La coalition dite «Frankenstein» a donc échoué, de nouvelles élections sont prévues en septembre.

La crise intérieure prend maintenant une dimension constitutionnelle. Le leader du Mouvement 5 Etoiles, Luigi di Maio, ne reconnaît pas le droit du chef de l’Etat de s’interposer dans le choix des ministres dès lors, dit-il, que celui-ci résulte d’une victoire électorale. Il demande sa démission. Selon lui, la voix du peuple surpasse ontologiquement celle du gardien de la Constitution. La campagne électorale qui s’annonce amplifiera cette critique, attaquera la légitimité de l’institution présidentielle au profit d’une légitimité populaire sans obstacle. Une façon de démocratie directe prend ses aises en Italie contre un système représentatif construit il y a 70 ans pour barrer la route au parti communiste. Luigi di Maio rejoue en Italie la scène française du républicain Gambetta face au royaliste Mac Mahon, président en 1877: «Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, croyez-le bien, il faudra se soumettre ou se démettre.» Mac Mahon avait fini par se démettre. La République était libérée des royalistes.

Une ambiance de fin de régime

C’est à l’Union européenne, défendue tant qu’il peut par le président Mattarella, que s’en prend «la voix souveraine» de l’Italie. La campagne électorale se fera contre elle, contre l’Allemagne et ses initiatives en faveur des migrants, contre l’euro, contre les politiques monétaires et les disciplines budgétaires. Les problèmes non résolus de l’Italie italienne seront imputés à l’Italie européenne, responsable et coupable. Mattarella symbolisera les deux, cible parfaite. L’Union aura peur.

Une ambiance de fin de régime en Italie coïncide avec une ambiance de fin de régime dans l’Union. Les dirigeants craignent leurs peuples. Ils ne bougent plus. Ils n’écoutent plus. A l’échelle européenne, dans les derniers quatre ans, les grands partis centristes, démocrates-chrétiens, libéraux, socialistes, ont perdu plus d’un tiers de leur électorat. Les nouvelles formations qui les supplantent ne sont pas toutes eurosceptiques. Sauf en France avec La République en marche, celles qui ne le sont pas n’ont pas de tribune où afficher une façon différente d’être européennes. Pas encore. Mais les régimes épuisés finissent toujours par être remplacés.


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