Alain Berset, le président de la Confédération, a participé aux manifestations qui ont marqué à Paris la commémoration de la fin de la guerre de 1914-1918. Il indique par là que nous rejoignons le président Macron dans sa volonté de tirer les leçons des deux guerres mondiales. Elles ont débouché sur deux tentatives de définir un système multilatéral équilibré pour éviter tout nouveau conflit universel.

Le premier essai a vu la création de la Société des Nations en 1920, dont la Suisse était membre. Il s’est soldé par un échec. Le second, autour des Nations unies en 1945, a au moins écarté le spectre d’une troisième guerre mondiale. L’ONU a servi de cadre à une coopération internationale sans précédent qui a permis l’éradication partielle de la pauvreté, de la faim et de certaines épidémies dans le monde. Les Nations unies sont-elles encore en mesure de résoudre les conflits armés régionaux qui se développent par exemple en Syrie, au Yémen ou en Afrique, de venir à bout du terrorisme et surtout d’opérer le changement de cap sans lequel la lutte contre le changement climatique est vouée à l’échec?

Sous l’égide de la Chine

Les Nations unies peuvent-elles en faire plus dans le maintien de la paix et dans la maîtrise de la prolifération des armes de destruction massive? Sont-elles en mesure de gérer durablement les problèmes démographiques et les flux mondiaux de migrants? Peuvent-elles intervenir dans les conflits commerciaux qui minent une composante essentielle du multilatéralisme et créent des tensions croissantes dans le monde? Quelle peut être la contribution des Nations unies à la réduction des inégalités qui fomentent la rage des peuples contre le fonctionnement des démocraties, encouragent la falsification de l’information et les campagnes de xénophobie et d’antisémitisme? Enfin l’ère digitale et le progrès technologique peuvent entraîner des pertes d’emploi (songez au développement de l’intelligence artificielle): c’est un facteur d’anxiété, d’incertitude et d’imprévisibilité qui appelle une réponse collective forte.

Ces questions ont été abordées dans deux enceintes la semaine dernière: le Forum de Paris sur la paix dont il a été largement question dans ces colonnes (et dont le président Trump s’est tenu à l’écart) a été précédé le 9 novembre dernier d’un vaste débat au Conseil de sécurité, sous l’égide de la Chine qui le préside pendant le mois de novembre. Soixante-dix pays ont apporté leur soutien au multilatéralisme, «menacé aujourd’hui par la montée des nationalismes mais qui a prouvé qu’il était capable d’éviter des guerres et de sauver des vies humaines», selon les fortes paroles de M. Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies s’exprimant aussi bien à New York qu’à Paris. Cependant, il est soumis aujourd’hui à un énorme stress. La confiance entre les pays et vis-à-vis des institutions politiques diminue et nuit à la volonté de coopérer juste au moment où il faut s’attaquer à des défis mondiaux complexes et redoutables. On en vient à penser que le multilatéralisme s’oppose à la souveraineté nationale…

Critiques américaines

La position unilatéraliste des Etats-Unis a provoqué des critiques plus ou moins pointues, auxquelles Nikki Haley, la représentante américaine, a répondu. Le multilatéralisme n’est pas une fin en soi, mais seulement un moyen pour réaliser des objectifs communs, dit-elle, tels que la préservation de la paix. Principal contributeur au budget, à l’action pour les réfugiés (42%) et aux opérations de maintien de la paix, entre autres, le contribuable américain se demande parfois s’il en a pour son argent ou s’il est appelé à financer des politiques contraires à ses intérêts – et de citer la présence des plus grands abuseurs de droits de l’homme au Conseil des droits de l’homme et l’indulgence à l’endroit de Cuba dans ce contexte. Ces activités ne méritent pas le soutien des Etats-Unis. Ce n’est pas seulement une question d’équité, mais d’efficacité, susceptible de remettre en cause la notion même de multilatéralisme. Elle avertit qu’on ne saurait compter le donateur le plus généreux du système pour acquis à tout jamais…

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