Hexagone Express

Deux France travailleuses et antagonistes

OPINION. On se souvient de la formule de Nicolas Sarkozy «Travailler plus pour gagner plus». Le régime des retraites universel voulu par Emmanuel Macron va dans le même sens. Sans comprendre qu’à force de voir baisser leur pouvoir d’achat, de nombreux Français ne comprennent plus pourquoi ils travaillent

Je viens de refermer Les Deux Clans, l’essai du Britannique David Goodhart consacré à la fracture inspiratrice, selon lui, du Brexit et de la dérive populiste au Royaume-Uni: celle qui oppose les «anywhere» (ceux capables de travailler et de vivre partout) aux «somewhere» (ceux de quelque part), fixés professionnellement et sur le plan familial dans un terroir donné, avec peu de risques ou d’envie d’en partir.

En anglais, le titre original du livre – The Road to Somewhere – montre bien que l’auteur a choisi son camp. David Goodhart, ancien du Financial Times, ne croit pas à la soutenabilité du nomadisme mondialisé. Son enquête est donc avant tout à charge contre les dégâts sociétaux engendrés par les «anywhere», même s’il affirme, en conclusion, rechercher «des pistes pour arriver à un nouveau compromis entre les deux clans souterrains de notre société». «Un rééquilibrage du pouvoir impliquera que la classe politique dominée par les «partout» fasse plus de place aux intérêts des «quelque part», poursuit-il, plaidant pour le retour d’une «protection pour les citoyens nationaux, à la fois économiques et politiques». Tout cela mériterait une longue discussion. Mais il faut lire David Goodhart pour comprendre les convulsions actuelles dans de nombreux pays de l’Union européenne. Sans oublier, toutefois, les variables historiques et culturelles que l’auteur passe sous silence, préférant tout interpréter à l’aune du vécu social et financier.