éditorial

Les deux Genève

Il est possible que les Suisses aient de la peine à comprendre Genève. C’est normal car plusieurs Genève ont conjugué leurs efforts pour créer l’affaire Kadhafi.

La première, c’est la Genève républicaine et égalitaire, historiquement prompte depuis avant Rousseau à dénoncer les privilèges, qu’ils soient sociaux, juridiques ou diplomatiques. Cette Genève-là tient pour vertu de mettre toute personne à égalité devant la loi, indépendamment de son rang ou de son statut, quoi qu’il en coûte au reste du monde ou au reste de la Suisse. La façon dont le gouvernement et la justice continuent de traiter le dossier atteste bien de cet état d’esprit fondamental.

L’autre Genève, c’est celle du droit humanitaire, de la Croix-Rouge, des droits de l’homme et de toutes ces normes élaborées dans les organisations internationales qui sont destinées à insuffler du progrès dans les comportements des hommes et des Etats. Une population d’ONG est là pour diffuser et défendre ces thématiques. Sans se mêler directement de ce travail d’écriture du droit, Genève est fière d’en être le lieu.

Par coïncidence, au moment où Max Göldi est libéré, l’Organisation internationale du travail discute d’une convention sur les employées de maison. Des dizaines d’associations de travailleuses domestiques sont venues défendre leurs droits, émues de trouver à Genève un forum où exposer leurs doléances et leurs revendications. Les Genevois ignorent l’événement car la Genève genevoise se désintéresse de ce que fait la Genève internationale. Il lui arrive même de s’en plaindre, mais au final elle trouve dans l’universalisme de l’ONU de quoi flatter celui dont elle se réclame elle-même.

Ces deux Genève ont vécu l’affaire Kadhafi avec la même émotion que le reste de la Suisse. Elles ont évoqué l’amateurisme ou l’excès de zèle de la police. Mais de là à prendre une responsabilité, non, le dossier ne mérite pas pour elles l’acte de contrition que pourrait leur demander la Suisse. Il n’y a pas de troisième Genève pour trouver une bonne solution.

Publicité