On est toujours plus intelligent après une tragédie. Au lendemain de la catastrophe naturelle qui a dévasté les côtes de l'Asie du sud, il est évident que l'homme a sa part de responsabilité dans l'ampleur du désastre. Un mélange d'insouciance, d'ignorance et parfois aussi de cynisme a surexposé autochtones et vacanciers à la férocité des eaux.

Certes, la nature est imprévisible. Le séisme initial était imparable, car c'est le propre des tremblements de terre de frapper par surprise. Mais l'onde d'eau qui a dévasté des milliers de kilomètres de côtes dans les heures suivantes aurait pu être anticipée. Le choc passé, il est facile d'imaginer comment le bilan meurtrier aurait pu être allégé.

Des sismologues américains ont averti l'Indonésie et la Thaïlande que des vagues géantes allaient se former, qui risquaient de menacer leurs rives. Mais il n'existait aucun système d'alarme pour répercuter cette information sensible auprès des populations côtières menacées, proches ou lointaines. Des vies (mais combien?) auraient sans doute pu être sauvées si les gouvernements de la région avaient accepté d'investir dans un système d'alerte comme celui qui surveille l'océan Pacifique. En 2003, les gouvernements d'Asie du Sud-Est en ont conçu le projet, mais ils ont finalement renoncé au motif que les tsunamis étaient trop rares pour justifier une telle dépense. La facture de la reconstruction des régions aujourd'hui dévastées se chiffrera en milliards de dollars.

Aux Occidentaux, la tragédie rappelle qu'il n'y a pas de lieux sûrs et que la prévention des risques naturels est un luxe absolu. Dans leurs offres alléchantes, les édens exotiques pour vacanciers occidentaux n'incluent pas d'assurance contre les soubresauts de la Terre. Alors que les pays riches se mobilisent pour compter leurs morts, retrouver leurs ressortissants disparus et rapatrier leurs survivants choqués, le contraste est saisissant avec la souffrance des populations locales subitement plongées dans le dénuement. Les promesses d'aide humanitaire cachent mal que son acheminement est objectivement rendu difficile par l'extraordinaire dispersion des dégâts. On craint déjà des épidémies. Il faudra des années pour effacer les pertes économiques. La tragédie renvoie le Nord et le Sud à leurs disparités.

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