Opinion

Développement durable, quelles réalisations?

Le diagnostic posé lors du Sommet de la Terre en 1992 n’a pas pris une ride, constate René Longet. Si des progrès ont été réalisés pour lutter contre le changement climatique et préserver la biodiversité, on est encore loin du compte en Suisse

Septembre 1987: au moment où la chute du Mur sonne comme le triomphe de l’autorégulation de l’économie, une commission des Nations unies, la Commission sur l’environnement et le développement, va à contre-courant et propose un cadrage de la mondialisation. C’est l’acte de naissance de la notion de développement durable, soit un développement configuré de manière à laisser assez de ressources à tous les humains d’aujourd’hui (solidarité dans l’espace) et de demain (solidarité dans le temps).

Pour le rapport «Notre avenir à tous», il n’y a pas «une crise de l’environnement, une autre du développement, une autre énergétique. Non, de crise il n’y en a qu’une.» (p. 5). Au cœur de la durabilité: «la capacité de la biosphère de supporter les effets de l’activité humaine» (p. 10) et le «souci d’équité sociale entre les générations, souci qui doit s’étendre en toute logique à l’intérieur d’une même génération» (p. 51). A cette fin, «il faut […] modifier le contenu même de [la] croissance, faire en sorte qu’elle engloutisse moins de matières premières et d’énergie et que ses fruits soient répartis plus équitablement» (p. 61).

Climat et biodiversité, même combat

C’est sur cette base que les Nations unies convoquent en 1992 le Sommet de la Terre. Avec pour résultat une feuille de route pour le XXIe siècle, l’Agenda 21, qui détaille les constats et engagements à prendre. Mais aussi 27 principes, tels ceux du pollueur-payeur, de précaution ou de la responsabilité commune mais différenciée des Etats. Et enfin la signature de deux conventions sur les enjeux clés que sont le climat et la biodiversité.

Pour ramener notre pays à une empreinte écologique responsable, c’est par trois qu’il faudrait diviser notre dépense énergétique

La première demande «de stabiliser […] les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique». Les Etats s’y engagent à «prendre des mesures de précaution pour prévoir, prévenir ou atténuer les causes des changements climatiques et en limiter les effets néfastes».

Quant à la seconde, ses objectifs sont «la conservation de la diversité biologique, l’utilisation durable de ses éléments et le partage juste et équitable des avantages découlant de l’exploitation de ressources génétiques» (art. 1). Les Etats s’obligent à élaborer une stratégie de conservation de leur patrimoine biogénétique, à en identifier «les éléments constitutifs» et à en surveiller l’état, à mettre en place des mesures de protection et à restaurer «les écosystèmes dégradés» (art. 6, 7 et 8).

Objectifs hors de portée?

On ne saura jamais dans quel état serait notre monde sans ces engagements et les dynamiques qu’ils ont assurément déclenchées. Ce qu’on sait, par contre, est que la course de vitesse entre forces de dégradation et forces de protection est loin d’être gagnée.

Le changement climatique se déploie sous nos yeux, le niveau de la mer s’élève, les glaces fondent, la température moyenne a augmenté quasiment d’un degré. Quant à la biodiversité, tant les effectifs des espèces que leurs biotopes subissent une érosion inquiétante.

Après avoir réussi à stabiliser la consommation d’énergie et les émissions de CO2 depuis 1990, ce qui vu l’augmentation du PIB et de la population représente un gain d’efficience de 20%, la loi sur l’énergie adoptée le 21 mai dernier prévoit de réduire notre consommation de 43% d’ici à 2035 et de tripler la part des énergies renouvelables. Sans une large mobilisation, ces objectifs sont hors de portée, et pourtant nous serons encore loin du compte…

Une accélération urgente

En effet, pour ramener notre pays à une empreinte écologique responsable, c’est par trois qu’il faudrait diviser notre dépense énergétique, selon le modèle de la «société à 2000 watts» proposé voici vingt ans par l’EPFZ. Cet exemple illustre à quel point nous devons accélérer le rythme de la transition vers une société durable, et mettre cet impératif au cœur de nos existences. Planète sauvetage en cours? Plus que jamais, une responsabilité collective!

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