La majorité des hommes sont convaincus de ne jamais discriminer des femmes. En même temps, près d’une femme sur deux se sent discriminée au travail. Comment expliquer ce décalage étonnant? Je vois surtout trois origines qui permettraient de déchiffrer ce phénomène bizarre: nos habitudes sexistes; la défense de l’identité morale et le biais de la supériorité; enfin, les silences.

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En matière d’habitudes sexistes, les hommes ne se rendent souvent même pas compte qu’ils discriminent une femme. Les interactions homme-femme sont comme des habitudes, profondément ancrées dans l’inconscient. De tels modus vivendi reflètent la distribution de l’importance et de l’autorité qu’on accorde aux hommes et aux femmes et que nous avons toutes et tous intégrée. Par exemple, les études montrent que les hommes interrompent trois fois plus les femmes que les hommes et que, très fréquemment, ils ne remarquent même pas ce comportement irrespectueux.

Un mode d’emploi

Pour ce qui est de la défense de l’identité morale, la recherche en psychologie prouve que nous sommes tous convaincus d’être des personnes éthiques et que, si quelqu’un m’accuse d’être un machiste, je me mets toute de suite sur la défensive, je refuse de voir la réalité en face et je ne change pas de comportement. En outre, ce biais est encore renforcé par une caractéristique très humaine, celle de se penser éthiquement supérieur à la moyenne: en un mot, les discriminants sont toujours les autres.

L’une des raisons pour lesquelles le sexisme au travail est bien vivant est qu’il reste généralement sans conséquences. Ce sont les silences. La majeure partie du temps, les femmes ne confrontent pas les propos sexistes, parce qu’elles savent bien qu’elles risquent d’être alors considérées comme trop sensibles, trop agressives, voire hystériques, au minimum peu aimables. Et les hommes qui témoignent des situations sexistes et s’en rendent compte ne savent pas s’ils doivent intervenir ni comment le faire. Mais cette apathie collective contribue à normaliser le sexisme et la discrimination, car l’homme sexiste ne reçoit pas le message que son comportement est incorrect.

N’assumez pas de savoir ce que vit une femme, mais posez davantage de questions

En conséquence, même si la majorité des hommes est pleine de bonne volonté, ces obstacles ne sont pas faciles à surmonter. Evidemment, les premiers pas pour l’homme féministe au travail commencent par une prise de conscience de la situation. Voici un mode d’emploi en trois étapes: commencez par développer votre curiosité! N’assumez pas de savoir ce que vit une femme, mais posez davantage de questions. Lisez ensuite des livres d’écrivaines, regardez des films avec des protagonistes femmes et, pourquoi pas, lisez un livre sur le féminisme! Vous allez apprendre que le féminisme n’est pas contre les hommes, mais vise aussi à les libérer des pressions limitatives et nocives du patriarcat. Avant de porter un jugement ou de prendre une décision à propos d’une femme, vérifiez enfin si vous diriez ou décideriez la même chose à propos d’un homme sans vous sentir bizarre! En général, les femmes sont punies lorsqu’elles sont ambitieuses, agressives ou en colère, parce que les attentes liées à leur rôle les poussent à être gentilles, généreuses et patientes. Si un homme négocie durement pour obtenir une meilleure offre d’emploi, cela ne pose aucun problème à personne, alors que les femmes ont tendance à être jugées comme trop ambitieuses et peu sympathiques.

«Laisse-la terminer!»

La deuxième étape sur le chemin de l’homme féministe au travail consiste à savoir comment intervenir dans des situations sexistes et comment éviter de se comporter soi-même de façon discriminatoire. Un très bon point de départ réside dans la lutte contre la «mecterruption»: au moment où une femme prend la parole dans une réunion, faites un effort conscient pour mieux écouter et ne l’interrompez pas! Vous faites déjà cela? En êtes-vous sûr? Demandez-le à une collègue féminine de confiance. Dressez une liste de celles et ceux qui s’expriment lors de vos réunions, à quelle fréquence et pendant combien de temps. Mettez en place une politique de réunions sans interruption. Et si un autre homme interrompt une collègue, dites: «Laisse-la terminer!»

Et maintenant, allez, chers hommes féministes au travail, et luttez pour un monde plus équitable, plus humain et plus novateur!


*Bettina Palazzo, experte en éthique des affaires, bettinapalazo.com

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