Le Musée d’art et d’histoire de Genève (MAH) est l’un des plus grands musées de Suisse. Construit il y a 100 ans, en plein cœur de la ville, il s’intègre dans un ensemble muséal incluant le ­Musée Rath, la Maison Tavel, le Cabinet d’arts graphiques et la ­Bibliothèque d’art et d’ar­chéologie.

De nature encyclopédique, et fruit de la réunion de fonds muséaux régionaux, de dons de collectionneurs et de citoyens au goût éclairé, de fondations, il expose sur cinq niveaux plus de 7000 œuvres d’art et objets d’histoire. Il est aussi l’un des seuls grands musées européens à n’avoir jamais connu de rénovation depuis son ouverture au public en 1910.

Aujourd’hui le bâtiment est à bout de souffle. La sécurité des visiteurs est assurée grâce à la vigilance et à l’ingéniosité des services techniques de la Ville. Le parcours muséographique est obsolète malgré la présence d’incontestables chefs-d’œuvre et de collections prestigieuses.

Seule une politique des publics vigoureuse et l’accueil d’expositions et d’événements réguliers assurent encore une fréquentation respectable au musée. Pourtant, il n’est que de constater le nombre de prêts consentis par le MAH aux institutions muséales européennes pour mesurer l’attrait de ses collections.

Le moment est donc venu d’aborder résolument les indispensables rénovation et agrandissement du MAH qui doivent, pour des raisons structurelles et économiques, être entrepris conjointement. C’est le choix qu’a retenu le Conseil administratif de la Ville de Genève en confiant à l’architecte Jean Nouvel une étude destinée à apporter des remèdes aux maux dont souffre le musée.

Pour mener à bien ce travail, les architectes ont recours à de nombreuses études techniques et, en liaison étroite avec le personnel scientifique du musée, proposent un cadre muséographique. Le but est que les collections retrouvent place dans des salles où le subtil équilibre que traduit si bien la notion «d’art et d’histoire» demeure le fondement de l’identité du grand musée de Genève.

Le beau bâtiment construit par Marc Camoletti s’est vu, au cours du temps, allégé de son administration, installée aujourd’hui dans l’ancienne école des Casemates qui jouxte le musée, et libéré des réserves de collections conservées ailleurs.

C’est donc tout l’espace disponible dans le bâtiment rénové et agrandi, soit environ 12 000 m2, qui sera mis à la disposition du public et reconfiguré pour présenter le meilleur des collections.

On comprend aisément que seule l’utilisation de la cour intérieure du musée permet de trouver cette étrange alchimie qui, par l’entrecroisement de l’ancien et du contemporain, donne une âme au musée. L’encyclopédisme des collections ne peut s’appréhender que dans la cohérence du parcours. C’est la clé de la réussite du redéploiement des œuvres.

Avant même qu’elle ne soit rendue, l’étude menée par Jean Nouvel fait l’objet d’un légitime débat, car sa réalisation conditionne l’avenir du site et propose un nouveau modèle architectural qui renforce l’identité culturelle de la ville.

Le Musée d’art et d’histoire est le reflet de la société genevoise, immuable et en perpétuelle évolution, secret et ouvert sur le monde. Le musée, en accueillant ce que Genève a produit ou acquis de meilleur au cours des siècles, est le grand témoin d’une ville où chaque habitant, chaque nouvel arrivant doit se rendre pour partager son identité, en un mot pour vivre ensemble.

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