La vie à 25 ans

Quand devient-on (vraiment) «adulte»?

OPINION. Vous avez passé la vingtaine, un appartement, un travail, mais le sentiment d’être incompétent dans ce monde de «grands»? Vous n’êtes pas seul, selon notre chroniqueuse

Dans la catégorie des mots qu’on entend régulièrement sans vraiment savoir ce qu’ils signifient, je nomme «prolixe», «sérendipité», «éponyme». Et «adulte», aussi.

Quoi? La chroniqueuse serait-elle analphabète? Eh bien, vous qui ricanez, je vous laisserai me donner votre propre définition du terme. Parions qu’il n’y en aura pas deux pareilles: plus on y réfléchit, plus on réalise que l’«âge adulte» est une notion aussi fondamentale que floue. Ce qui n’arrange pas les affaires de ceux qui, comme moi, ont la vingtaine bien tassée et se demandent sans cesse: ça y est, suis-je devenu un adulte, un vrai?

Assurance et bricolage

Depuis ta majorité, rétorqueront les plus cartésiens. Voter, travailler, ces droits et responsabilités marquent le début d’une vie plus éclairée, plus sérieuse, quoi. Oui… sur le papier. Personnellement, je n’ai aucun souvenir d’une épiphanie le jour de mes 18 ans. A mon avis, je célébrais moins la démocratie directe que l’inventeur du panaché en canette.

Quand, alors? Le dictionnaire suggère qu’on devient adulte quand le corps «parvient au terme de sa croissance». Une définition biologique loin d’être satisfaisante – si l’arrivée des règles faisait naître la sagesse, ça se saurait.

Fraudeur en costume

Non, la maturité est une question de perceptions. Et selon une étude britannique, la plupart des jeunes d’aujourd’hui ont l’impression de passer le cap à… 29 ans seulement. Parmi les facteurs déterminants cités par les participants, on trouve l’achat d’un bien immobilier, la souscription à une assurance vie ou même le fait de bricoler.

Selon ces critères, nous serions nombreux à souffrir du syndrome de Peter Pan. D’ailleurs, l’«adulescence» est à la mode – voyez les geeks juvéniles de The Big Bang Theory. Mais ce n’est pas que notre génération refuse de grandir; plutôt, elle ne maîtrise pas tout à fait la marche à suivre.

On a beau payer son loyer ou travailler à plein temps, il est facile de se sentir en décalage, incompétent. Une fraude en costume trop grand, lâchée dans un monde dont elle ne connaît pas encore les codes. Suis-je une adulte si je m’assois en tailleur, si j’écoute Angèle, porte des salopettes? Devrais-je, pour être crédible, ne plus appeler mes parents pour des conseils administratifs? Ou savoir distinguer un pinot d’un gamay?

Plutôt qu’un cap définitif, je préfère envisager l’âge adulte comme un horizon en construction. Un apprentissage, un épanouissement, sans obligation de tout réussir. Et ce n’est pas Tanguy, de retour au cinéma ces jours-ci, qui dira le contraire. J’entends déjà ma mère déglutir…


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