Société

Le devoir de fidélité conjugale du vice-président américain Mike Pence

L’ancien gouverneur de l’Indiana s’est imposé des règles strictes dictées par Billy Graham, un célèbre pasteur évangélique afin de préserver son couple. La solution? Ne pas voir d’autres femmes que la sienne en l’absence de celle-ci

Ceux qui y ont participé s’en souviennent encore. C’était entre les années 1950 et 1960. La plaine de Plainpalais était noire de monde. Le bruissement des chaussures de milliers de spectateurs venus voir Billy Graham, le célèbre évangéliste américain résonne encore à leurs oreilles. Les chants récités en chœur une main levée vers l’orateur habitent encore leur mémoire. Mais c’est surtout l’homme qui les a marqués. Il était, lors de ses «croisades évangéliques», si charismatique, si beau, si droit… Et il parlait si bien.

Un homme rodé à la TV

Une archive de la Télévision suisse romande de 1960 permet aux plus jeunes de se faire une idée de la carrure de cet homme qui est aujourd’hui dans sa 99e année et demeure encore parmi les 10 personnes les plus admirées des Etats-Unis, selon les sondages Gallup. L’homme semble rodé à l’épreuve télévisuelle et ne quitte pas la caméra des yeux tout en décrivant la «soif de spiritualité» présente en Suisse romande dans ces années d’après-guerre. Son regard est magnétique, sa voix profonde. Elle a fait battre le cœur de nos grands-mères et ces jours-ci, elle résonne à nouveau au porte-voix des réseaux sociaux.

Un article remis à jour

Aujourd’hui, bien que le pasteur ait transmis la tâche évangélique à sa progéniture, ses préceptes demeurent d’actualité. Son nom est réapparu ce 28 mars dans le Washington Post qui a habillement tiré le portrait de Karen Pence, seconde dame des Etats-Unis, épouse de Mike Pence, le vice-président choisi par Donald Trump. Dans son article, la journaliste Ashley Parker décrit une femme dont le quotidien est rythmé par la prière ainsi que sa quasi omniprésence aux côtés de son époux. L’article rappelle également une anecdote: «En 2002, Mike Pence avait confié au Hill, un quotidien de Washington, qu’il ne voyageait et ne mangeait jamais seul en tête à tête avec une femme autre que la sienne et qu’il ne se rendait jamais à des soirées alcoolisées sans son épouse non plus.» Cela afin d’éviter les tentations et de former «une zone protectrice» autour de son couple:

Cette discipline que Mike Pence s’est imposée pendant les douze années qu’il a passées au Congrès entre 2001 et 2013 et qui permet bien heureusement de maintenir amour, paix et respect au sein du second couple des Etats-Unis répond au nom de «Billy Graham Rule», la règle Billy Graham. Elle est directement tirée des préceptes du pasteur américain, celui-là même qui fut le bourreau des cœurs de nos grands-mères, et qui, lors d’une réunion évangélique, sentant son sang s’échauffer face aux yeux doux d’une de ses nombreuses admiratrices, aurait établi des règles béton pour éviter la tentation.

Suite à son article, la journaliste du Post ne s’est pas interdit de publier un tweet rappelant les règles que le vice-président s’impose au quotidien:

L’annonce a vite fait le tour des réseaux en éveillant autant de réactions différentes. On se moque de ce couple qui s’oblige à demeurer fusionnel jusqu’à ce que la mort seule les sépare. Joshua Malina se gausse: «Mike Pence ne mange jamais de nourriture solide sans que sa femme ne l’ait déjà mastiquée auparavant»:

Mais de nombreux supporters du vice-président et des évangéliques se sont empressés de saluer le courage de la démarche de l’ancien gouverneur de l’Indiana. En précisant que les barrières pour accéder au bonheur sont nécessaires.

Par contre, ces dires ont fait bondir de rage les féministes, voire les femmes en général. Elles s’insurgent d’abord face au devoir de s’imposer des «barrières» pour que le couple dure. Mais cette thématique pourrait n’appartenir qu’à la vie privée des Pence. Non, ce qui dérange, c’est le sexisme du postulat. L’auteure féministe et chrétienne Jory Micah dénonce: «Les hommes et les femmes travaillent ensemble dans tous les secteurs. Si les hommes chrétiens ne peuvent pas gérer, c’est qu’ils ont des problèmes.»

D’autres critiquent aussi le manque de place laissé aux femmes par le vice-président. Elles «n’avaient (littéralement) pas de place à sa table et ne pouvaient tenir aucun rôle important, déjà lorsqu’il était gouverneur de l’Indiana, maintenant (qu’il est) vice-président, (elles n’ont plus de place) nulle part», écrit une internaute du Minnesota:

Certaines se contentent cyniquement de la situation, comme Kashana Cauley, présentée comme une des auteures d’une émission de TV américaine, The Daily Show: «C’est d’accord, Mike Pence. Personne n’a envie de se retrouver seul avec vous également»:

L’article de 2002 remis au goût du jour par le portrait du Washington Post évoque, d’autre part, une élégante citation du vice-président qui explique qu’en effet, s’il se trouve «à une soirée où les gens boivent et sont relax, il voudrait sur-le-champ être accompagné par la plus jolie brune du coin…»

Des paroles qui viennent lourdement s’ajouter à ses positions anti-avortement, ainsi qu’à ses propos sexistes relayés par CNN déconseillant aux femmes d’allier maternité et carrière professionnelle, afin de ne pas induire un retard de croissance chez leur enfant…

Clivage idéologique

Le débat concernant la «règle Billy Graham» témoigne d’un clivage idéologique important au sein de la population américaine et des chrétiens évangéliques. Mais les réseaux sociaux se demandent surtout comment le vice-président pourra respecter ses promesses tout en tenant son rôle.

Sur Twitter, The Faust s’imagine une discussion qui pourrait sans doute avoir lieu entre Mike Pence et un conseiller: «M. Pence, lorsque vous serez à Berlin, Mme Merkel souhaiterait vous rencontrer en privé concernant une menace nucléaire imminente!» – «Désolé, je ne peux pas.»

Sans doute M. Pence devra-t-il choisir.

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