Le simple fait de débattre, depuis samedi, des chances de Valérie Pécresse à la présidentielle d’avril 2022 prouve combien le paysage politique français vient de connaître un profond bouleversement. Voici quelques mois, la droite hexagonale semblait atomisée par l’offensive d’Emmanuel Macron, résolu à lui siphonner les voix de son électorat centriste et modéré. Or la riposte des Républicains orchestrée avec la ténacité paysanne qui est la sienne par son président – et ancien syndicaliste agricole –, Christian Jacob, a accouché d’un résultat quasi inespéré. Une candidate crédible désormais sur orbite pour l’Elysée. Un parti remis en état de marche par l’adhésion de près de 60 000 nouveaux membres. Une unité pour l'heure proclamée par les autres adversaires de Valérie Pécresse, y compris celui qu’elle vient d’éliminer au second tour, le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, tenant d’une ligne sécuritaire et anti-immigration proche de celle d’Eric Zemmour et de son nouveau parti «Reconquête»… Revoilà le débat politique français revigoré.

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Cette bonne nouvelle démocratique s’accompagne toutefois d’une réalité préoccupante. Obsédée par les questions identitaires ressassées lors de son premier meeting par Eric Zemmour et par Marine Le Pen, la droite traditionnelle qui continue de se réclamer du général de Gaulle s’est, de fait, déportée vers l’extrême droite. Or cette radicalisation, avec tout ce qu’elle véhicule comme caricatures, remises en cause potentielles de l’Etat de droit ou anathèmes contre telle ou telle communauté, ne peut pas être la solution pour une formation politique appelée à gouverner. D’autant qu’elle fait courir un risque d’éclatement et de division sur ce parti aujourd’hui rassemblé, dont l’unité face à l’actuel président demeure le meilleur atout.

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Le fait d’avoir choisi pour la première fois de son histoire une candidate, et le fait que celle-ci soit généralement créditée d’une réelle compétence, est une chance pour cette droite qui, en 2017, aurait dû l’emporter si les affaires n'avaient pas causé le naufrage de François Fillon. Le devoir moral de Valérie Pécresse est maintenant de s’assurer que dans le tumulte des colères françaises sa vision économique et sociale du pays n’embrasse pas les thèses les plus souverainistes, xénophobes et réactionnaires qui secouent aujourd’hui la République.

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