Il existe de nobles raisons qui plaident en faveur de l’initiative populaire «Pour la protection face à la violence des armes». Protéger les individus contre le risque de mort immédiat que toute arme à feu répand est légitime dans une société qui mesure son degré de civilisation au respect de la vie. Par tradition, beaucoup de fusils et autres pistolets circulent dans ce pays et sans doute cette cohabitation influence-t-elle un certain nombre de meurtres ou suicides, bien qu’il soit très difficile d’établir des liens de cause à effet irréfutables. Mais il est vrai et incontestable que les armes à feu présentent un danger et une tentation pour des hommes et femmes en détresse.

Il existe également de bonnes raisons d’obliger les militaires à déposer l’arme de service à l’arsenal. Nous ne vivons plus à l’ère de la Guerre froide et de la mobilisation générale fantasmée au siècle dernier. D’ailleurs, le Conseil fédéral l’a reconnu, en exigeant la confiscation des munitions, acte imparfait et révélateur du malaise politique et du non-dit militaire. Le concept de miliciens armés à domicile incarne un reliquat désuet de l’histoire. Il perpétue le mythe et nous détourne d’une vraie réforme militaire qui reste à accomplir. Enfin, les collectionneurs et sportifs peuvent prétendre à des dérogations que personne ne leur conteste vraiment.

Mais il existe aussi des arguments contraires et convaincants qui plaident pour le rejet de l’initiative. Il s’agit de la liberté et de la responsabilité individuelles, que l’on veut restreindre au nom de la sécurité. L’initiative met entre parenthèses la confiance que l’on accorde a priori aux individus. Le fait qu’une immense majorité des détenteurs d’armes à feu sont des êtres raisonnables et responsables, du moins si l’on se réfère aux statistiques, ne suffit plus à rassurer une société qui vise le risque zéro et tolère de moins en moins l’idée de la déraison humaine.

Peut-être l’attrait pour les armes fait-il partie des passions malsaines mais que dire d’une société qui de plus en plus bascule de la restriction vers l’interdiction quasi totale? Si la liberté absolue ne peut exister, y attenter doit être pesé en conscience.