Bien choisir son titre. C’est un peu le défi hebdomadaire des chroniqueurs du Temps. Pour attirer l’attention. Pour vous donner envie de lire. Pour durer.

On dit que près de 60% des gens partagent des articles dont ils n’ont lu… que le titre. Autant dire qu’il vaut mieux se concentrer davantage sur les 50 caractères espaces compris de l’intitulé que sur cette prose que la plupart d’entre vous ne parcourrez même pas. J’en profite au passage pour saluer les téméraires qui n’ont pas encore tourné la page.

Les lecteurs et les électeurs, des ingrats

Face à la concurrence de la titraille de la colonne d’à côté, on trouve des parades pour attirer le chaland. Dans le jargon des réseaux sociaux, on parle vulgairement de «putes à clics». Des mots forts pour susciter la curiosité. Ainsi, pour vous pousser à me lire, j’aurais dû choisir: «L’invraisemblable scandale des titres falsifiés.» Ou: «Un élu usurpe à nouveau un titre!»

Le lecteur est ingrat. L’électeur aussi. Ce qui vaut pour mes chroniques vaut pour les initiatives populaires. Pour vendre une nouvelle taxe, on vous promet une «économie verte». Pour faire passer des restrictions bureaucratiques, on parle de «fair food». Pour toucher des subventions, on écrit «vaches à cornes».

Les titres des initiatives sont les grands oubliés des débats parlementaires. On n’y pense pas trop. Ils n’ont pas de portée juridique. Alors on passe dessus comme chat sur braise, jusqu’à la votation. Là, ils deviennent une ligne de publicité gratuite et bienvenue pour des articles constitutionnels compliqués et ennuyeux.

Au gré de l’humeur du jour

Au hasard, prenez les «juges étrangers». L’initiative ne parle pas de juges. Ni d’étrangers d’ailleurs. Vous pouvez fouiller, les deux termes n’apparaissent jamais dans le texte de l’initiative. Pas plus que cette prétendue «autodétermination». En réalité, on n’y parle que de hiérarchie des normes, de droit international et de constitutionnalité. Rien de très folichon. Pas de quoi gagner une campagne de votation. Surtout quand on comprend que le but réel, c’est de forcer la Suisse à transgresser ses engagements, au gré de l’humeur du jour.

Cette initiative aurait pu s’intituler «Pinocchio: pour que la Suisse ne tienne plus sa parole». Les débats auraient été bien différents. Comme quoi, un bon titre, c’est le secret de la réussite.


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