Plus rien ne semble pouvoir sortir l’Ukraine d’une logique de confrontation. Elle est à l’œuvre dans la rue, où s’affrontent militants encagoulés et policiers casqués, dans l’arène politique, où aucun des deux camps ne semble prêt à des concessions, et, à une autre échelle, dans les relations entre la Russie d’un côté et les Etats-Unis et l’Europe de l’autre. A ces trois niveaux, l’absence de dialogue aura des conséquences.

A Kiev, les tentatives de conciliation ayant échoué, le choc entre manifestants et policiers antiémeute semble inévitable. Les images des heurts sanglants, il y a dix jours, ont indigné les Ukrainiens. Ils redoutent désormais une escalade meurtrière, malgré les appels au calme des diplomates européens et américains. Mercredi encore, la cheffe de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a prêché en vain pour la reprise des discussions.

Même rupture dans le face-à-face entre le pouvoir et ses opposants. Malgré les tentatives pour trouver une issue politique à la crise, au parlement puis par l’intermédiaire des diplomates européens et américains, les négociations sont dans l’ornière. Quelle que soit l’issue, la reprise en main du pays avec, à la clé, un musellement de l’opposition ou un embrasement révolutionnaire aux conséquences imprévisibles, l’Ukraine va au-devant d’un désastre national. L’économie, déjà anémiée, pourrait plonger dans la banqueroute.

L’Europe et la Russie se disputent une influence prépondérante sur l’Ukraine. Même si Bruxelles se défend de vouloir tirer dans son giron l’ancienne république soviétique, les Européens ont empiété sans précaution sur la sphère russe. L’absence d’une politique européenne à l’endroit de la Russie explique en partie l’imprudence des dirigeants qui projetaient d’élargir à l’Ukraine leur partenariat est-européen. Moscou a sa part de responsabilité dans cette bataille: ses ambitions impériales et revanchardes lui font oublier les aspirations des Ukrainiens. Les deux camps, dos à dos, n’arrivent pas à se concerter.

L’échange avec Moscou sera pourtant absolument nécessaire pour régler favorablement les deux dossiers les plus chauds du moment: le nucléaire iranien et le conflit syrien. Alors que la lutte d’influence pour l’Ukraine tourne à la crise diplomatique, l’échéance des discussions à Genève sur la Syrie et sur l’Iran approche. Il ne reste qu’une option: renouer les fils du dialogue.