Il était une fois

Dialogues en tous genres

OPINION. Didier Burkhalter prône le dialogue avec Vladimir Poutine pour maintenir le lien. Un lien qu’il a par contre cassé avec ses collègues du Conseil fédéral, remarque notre chroniqueuse Joëlle Kuntz qui s’interroge sur diverses formes de dialogue, et leurs résultats

Dans un entretien avec Darius Rochebin sur la TSR, l’ancien chef du Département des Affaires étrangères fédéral, Didier Burkhalter, insiste sur les vertus du dialogue. Evoquant les incidents militaires à répétition en Ukraine, il affirme la nécessité de favoriser les échanges d’informations entre les adversaires afin que, de la réalité bien établie des faits, puisse naître une discussion sur les solutions. Sa remarque toute géométrique se termine par une recommandation: il faut parler à Vladimir Poutine. Il ne dit pas de quoi ni comment mais il faut parler. La parole est la preuve du lien.

Lui, par exemple, a cassé le sien avec ses collègues du Conseil fédéral. Il dit ne s’être plus senti en phase avec eux du point de vue des valeurs. N’avoir pas été entendu ni sur l’égalité des salaires entre les femmes et les hommes, ni sur les ventes d’armes de la Suisse aux pays en guerre. Là-dessus, l’immobilisme enflammé des relations de la Suisse avec l’Union européenne, c’était trop. Il est parti. Est-ce plus facile de parler à Vladimir Poutine qu’à Christoph Blocher ou à Johann Schneider-Ammann? Didier Burkhalter parle désormais aux Suisses. Il dit les vouloir assis en face de lui quand il leur dédicace ses livres. Pour pouvoir dialoguer.

Dialoguer avec Kim Jong-un

Le dialogue donne parfois l’apparence de résultats spectaculaires. Après six essais nucléaires et plusieurs tirs de missiles à longue portée capables d’atteindre les Etats-Unis, Kim Jong-un annonce solennellement que la Corée du Nord est devenue une puissance atomique. Donald Trump, qui n’a cessé ses tweets contre le «petit gros», le «petit homme fusée» et autres délicatesses, fait connaître à son interlocuteur la taille du bouton nucléaire américain: il est plus gros que celui de la Corée du Nord.

Tout le monde s’énerve. La Suisse applique sans discuter les sanctions décidées par le Conseil de sécurité de l’ONU. En mars, le leader nord-coréen rend visite au secrétaire général du parti communiste chinois Xi Jinping, à Pékin. Ils parlent. La semaine passée, Kim Jong-un communique son intention de renoncer aux essais de missiles et de bombes nucléaires. Donald Trump jubile. Il «a hâte» de dialoguer avec lui.

Les syndicats français reprochent à Emmanuel Macron son manque de dialogue. Lui, comme notre Didier Burkhalter, dialogue avec la France plutôt qu’avec la CGT parce qu’avec elle, l’exercice est très difficile. Les mots ne passent pas. Les diagnostics ne sont pas communs. Les valeurs diffèrent. Il n’y a pas d’espace de concession tant l’enjeu est élevé pour les deux parties. La plus faible perdra historiquement: le président sa posture d’autorité, indispensable à la tâche qu’il s’est donné, et la CGT sa domination symbolique dans le monde du travail, sans laquelle elle se trouverait réduite à sa taille réelle. Qui a le plus gros bouton social.

L’échec de Monsieur Seguin

Emmanuel Macron et Angela Merkel n’arrêtent pas de se parler. L’eurozone tient sur parole.

Le dialogue de Monsieur Seguin avec sa chèvre a complètement échoué. Blanquette veut partir dans la montagne, en toute liberté parmi les fleurs. Le vieil homme, pesant leur commun intérêt, lui fait part de son désaccord. Il lui peint les risques du loup, la sermonne, la cajole, lui offre de la loger mieux. Mais non, la chèvre ne souhaite rien d’autre que partir. Du dialogue, elle attend une autorisation. Lui, un abandon de projet. La discussion est dans l’impasse.

Monsieur Seguin la rompt par la force. «Eh bien non, je te sauverai malgré toi, coquine, je vais t’enfermer dans l’étable et tu y resteras toujours.» Il passe à l’acte et ferme la porte à double tour. Mais la fenêtre est ouverte et Blanquette s’enfuit. Sa journée dans les herbes sauvages est merveilleuse. Mais il n’y en a qu’une seule car à la nuit, elle est mangée. Monsieur Seguin n’avait pas parlé au loup.

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