Avec l’affaire Snowden, le monde découvre ahuri ce qu’il savait déjà. Les mastodontes de la Silicon Valley que sont Google et Facebook collectent les données privées de leurs milliards d’utilisateurs et les transmettent à la NSA, l’Agence de sécurité nationale américaine accusée d’espionner les communications mondiales dans le cadre du programme de surveillance Prism. Pourquoi diable s’indigner maintenant puisque nous, internautes lambda, cautionnons depuis longtemps la fourniture gratuite de nos données privées? Tout cela ressemble fort à un déni de réalité.

La vérité toute crue fait mal quand elle éclate. Depuis les révélations d’Edward Snowden, les critiques fusent, notamment contre Google, troisième plus grande entreprise au monde en valeur de marché. A suivre l’analyse du site d’information américain TomDispatch , Google, l’entreprise avec la devise «Ne soyez pas le mal», est rapidement devenue un empire. Pas un empire au sens territorial du terme, mais une puissance du cybermonde passée maîtresse dans l’art de contrôler notre accès aux données et nos informations privées. Google détient donc le monopole de l’information à l’ère de l’information.

Dans une tribune publiée dans le New York Times , le cofondateur de WikiLeaks Julian Assange dézingue les liens étroits entre la Silicon Valley et le gouvernement américain, «modèle clair et provocateur de l’impérialisme technocratique». Qu’ont-ils en commun? L’art de l’opacité alors que les internautes jouent le jeu de la transparence en divulguant leurs données, répond le hacker australien.

Peut-on arrêter Google? 750 millions d’internautes utilisent la messagerie Gmail. Plus de 3,3 milliards de requêtes sont faites chaque jour sur le moteur de recherche. Google stocke 30 000 milliards de documents sur le Web, et j’en passe. A en croire les tweets et statuts Facebook, nombreux sont les internautes à boycotter Google à la suite de l’affaire Snowden.

J’ai moi-même tenté l’expérience: utilisation d’extensions pour mon navigateur pour supprimer tous les «Likes» et «Recommandations» de manière à ce que Google ne puisse pas pister mes pages visitées. Regarder les vidéos YouTube en mode «Incognito». Communiquer par e-mail au lieu de Facebook. Et plus radical encore, ne plus utiliser le moteur de recherche Google.

Mon boycott n’aura duré que quelques heures. Mon impuissance à trouver des alternatives viables m’aura appris une chose. Google est bel et bien au premier rang des sociétés les plus puissantes du monde. Google n’est pas mon ami et ma vision n’est pas la sienne, mais la multinationale détient mes données. Et mes communications sont dans ses mains.

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