Le «Dictionnaire historique de la Suisse» au complet, cela se fête!

Aujourd’hui paraît le treizième et dernier volume du Dictionnaire historique de la Suisse . Ainsi se termine une aventure qui a débuté il y a plus de trente ans. La collection est désormais complète. Elle offre un éclairage passionnant et surprenant. On y trouve l’histoire des lieux, des personnes, des familles, des courants de pensée qui ont marqué et marquent encore notre pays.

«Dans sa réponse du 18 mars 1983 à la question ordinaire Widmer, le Conseil fédéral a admis que le Dictionnaire historique et biographique de la Suisse a besoin d’un sérieux remaniement. Entre-temps, la direction de l’Académie des sciences humaines a fait une étude approfondie en vue de la publication d’un Dictionnaire historique de la Suisse. Le gouvernement est prié d’allouer à l’académie, en vertu de la loi sur la recherche et dans le cadre des crédits octroyés pour la période budgétaire 1988-1991, les ressources nécessaires à l’exécution de ce projet.»

Emmenés par le conseiller national socialiste grison Martin Bundi, 36 parlementaires demandent ainsi au Conseil fédéral, à la veille de Noël 1986, d’attribuer des moyens financiers à un nouveau Dictionnaire historique de la Suisse (DHS). Fait marquant et illustration de l’esprit du temps: les signataires provenaient de tous les partis.

Ce désir de voir la Suisse disposer d’un nouveau dictionnaire historique est resté constant depuis lors et l’appui politique n’a pas manqué, quand bien même il aura fallu de la patience pour que le premier volume du Dictionnaire historique voie le jour en 2002. Depuis lors, le rendez-vous automnal a été respecté, un nouveau volume est sorti chaque année, en trois langues simultanément. En 2010, sort aussi le Dictionnaire historique en langue romanche. Les règles du plurilinguisme helvétique sont ainsi respectées.

Aujourd’hui paraît le 13e et dernier volume! Ce sera le dernier et le point d’orgue d’une véritable épopée. Elle mérite que l’on s’arrête quelques instants sur cette entreprise unique en Europe et dans le monde.

Deux bonnes fées étaient présentes à la naissance du DHS: l’Académie suisse des sciences humaines et la Société suisse d’histoire. Les archivistes se sont penchés sur son berceau et nombre de scientifiques et d’experts ont apporté leur contribution à l’ouvrage. Le DHS a été voulu et conçu par les scientifiques, ce sont eux qui le font vivre mais ce n’est pas uniquement à eux qu’il s’adresse. Selon le décompte fait par l’éditeur de la version française, Gilles Attinger, 36% des acheteurs sont des personnes privées. Il n’est pas possible de dénombrer le nombre de lecteurs et de consultants de la version livresque ou électronique, mais il est certain que le DHS assume fort bien sa fonction de pont entre la science et la cité.

Choisir le livre, le beau livre en l’occurrence, était un choix stratégique important. Avec le recul, on peut y voir la volonté de mettre à l’honneur les résultats de la recherche historique. A travers le DHS, ce sont les sciences humaines qui sont valorisées. Ce n’est pas un geste anodin que d’avoir encouragé et poursuivi une entreprise qui a duré au total près de 30 ans. Les sciences humaines ont tout à gagner à être mises en évidence. C’est d’ailleurs un objectif que les responsables politiques et ceux des hautes écoles réaffirment à chaque occasion. Encore faut-il passer des paroles aux actes et le Dictionnaire historique en donne l’occasion de façon éclatante.

Le livre est fait pour durer. Il n’a pas pour vocation de rester actuel mais de laisser une trace. Celle du DHS est profonde car il constitue une somme de contributions apportées par près de 3000 personnes, certaines ayant fourni un article, d’autres plusieurs centaines. A l’heure où paraît le dernier volume de la collection, il est temps de dire combien nous pouvons être reconnaissants au rédacteur en chef Marco Jorio et à toutes les collaboratrices et collaborateurs du DHS, à tous ces experts qui ont fidèlement accompagné le projet, aux trois éditeurs, Schwabe, Attinger et Dadò, qui ont su prendre les risques nécessaires. Et puis, c’est aussi l’occasion de saluer la constance et la patience des décideurs politiques qui ont su voir et comprendre l’intérêt d’un tel projet. Cela méritait d’être souligné!

Et demain?

Aujourd’hui les 13 volumes du DHS méritent d’être mis au premier plan. Il faut que toutes celles et ceux qui veulent partager cette belle aventure et bénéficier d’une collection unique en son genre puissent en devenir propriétaires s’ils le souhaitent.

Demain, dès 2017, une nouvelle aventure va débuter. Le DHS prendra résolument la voie de l’électronique, pour que les résultats de la recherche historique restent toujours disponibles et actuels. L’électronique n’est pas là pour tuer le livre. Elle est là pour lui donner encore davantage de valeur. Des encyclopédies aussi prestigieuses que l’ Encyclopaedia Britannica ont pris ce virage. Le DHS, avec l’appui que la Confédération souhaite lui donner dans cette nouvelle phase, développe un nouveau projet – électronique celui-ci – qui verra le jour au début de 2017. Il se nourrira du savoir déjà acquis, veillera à l’actualiser et sera relié à un réseau plus vaste de banques de données. Il ne remplacera pas le livre, il va au contraire contribuer à lui conserver sa valeur. Mais ceci est une autre histoire à raconter…

Présidente du Conseil de fondation du «Dictionnaire historique de la Suisse»

Le DHS développe

un nouveau projet, électronique celui-ci, qui verra le jour au début de 2017

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